La semaine dernière, « l'Express » publiait une interview de Jean-Marc Rouillan, interview qui a mené l'ex-membre d'Action Directe, tout droit en prison. La crise financière et le fait qu'elle occupe toute l'actualité en occulte sans doute une partie mais c'est très étonnant ce manque de réaction à la réincarcération de Jean-Marc Rouillan à temps complet. L'ancien d'Action Directe avait été condamné à perpétuité en 89 avec une peine incompressible de 18 ans pour les assassinats du général Audran et du patron de Renault Georges Besse. Depuis dix mois, il était en semi-liberté. Il dormait en prison. Il y a deux semaines, "l'Express" publie une interview dans laquelle il refuse de parler du passé -il n'a pas le droit- et il ne veut pas se repentir. Il purge d'ailleurs -pour ne pas l'avoir voulu dès le début- une lourde peine. En quelque sorte, il a déjà payé le prix de son obstination. Jean-Marc Rouillan veut rejoindre le NPA, le parti d'Olivier Besancenot qui l'accueille sans état d'âme. Dans « Le Nouvel Observateur » de cette semaine, Jacques Julliard s'insurge contre Olivier Besancenot qui, c'est vrai, tient un discours d'une extrême légèreté sur le sujet. Mais l'éditorialiste -d'ordinaire sourcilleux sur la question des libertés- n'a pas un mot sur le fait que l'on remette en prison un homme en semi-liberté pour avoir répondu à une interview dans laquelle il n'exprimait aucun regret ! Mais Jean-Marc Rouillan n'est visiblement toujours pas au clair avec l'utilisation de la violence en politique. Comme il a décidé de s'engager en politique, ça peut poser un problème. Mais ça ne pose un problème qu'au Nouveau Parti Anticapitaliste ! On a le sentiment qu'Olivier Besancenot (qui est loin de prôner la violence) mais qui, par une sorte de nostalgie révolutionnaire mal placée, refuse toujours de prononcer cette simple phrase « nous arriverons au pouvoir uniquement par les urnes », on a un peu l'impression qu'il s'encanaille et qu'il accepte la compagnie de Jean-Marc Rouillan comme un ado met une affiche du Che au-dessus de son lit ! Rouillan refuse le repentir, soit ! Et alors ? ça ne trouble pas l'ordre public. Le ton et le contenu de son interview est simplement daté, et formidablement décalé. Rouillan est une sorte d'Hibernatus des années 70. On vient de le décongeler et son discours fleure bon la fin du siècle dernier, ce qui est assez normal pour quelqu'un qui vient de passer les deux dernières décennies aux Baumettes. On a tendance à l'oublier, mais c'est vrai que dans les années 70, la violence était partout en politique. C'était des années ou les militants communistes cassaient du gauchiste, ou les militants de la CGT collaient des affiches avec, dans la camionnette des manches de pioche. C'était une époque ou les nervis gaullistes du SAC brisaient des grèves à coups de barre à mine. C'était l'époque où les militants communistes, au mieux, niaient le goulag, au pire le défendaient. C'était le temps où la plupart des partis de droite, l'UDF, l'UDR, puis le RPR se satisfaisaient tout à fait du coup d'Etat de Pinochet contre Allende. Jean-Marc Rouillan qui, dans ce contexte, a sombré dans la lutte armée raille -dans « l'Express »- les jeunes d'aujourd'hui qui mettent un T-shirt du Che sans prendre les armes du Che. Il n'a pas compris que l'on puisse faire le tri entre la part du romantisme des révolutions et la part de totalitarisme des révolutionnaires. La décision bêtement sécuritaire de supprimer la semi-liberté de Jean-Marc Rouillan fleure bon, elle aussi, les années Poniatowski et Peyrefitte. Rouillan n'est plus dangereux mais il est tristement ringard et politiquement nuisible - ça ne vaut certainement pas qu'on le remette en prison.

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