Tout le monde souligne le beau succès de la primaire. Mais il faut pointer le risque de confusion idéologique lors de la semaine qui vient.

Oui parce que le plus grand intérêt politique et démocratique des mois de campagne qui viennent de s’écouler, c’est d’avoir soumis aux électeurs de la gauche des positions politiques assez claires et de leur avoir proposés d’enfin trancher le débat économique permanent au sein du PS. Finalement, en ces temps de crise majeure des comptes publics, cinq candidats proposaient une certaine forme de rigueur avec le retour aux 3% de déficit en 2013… Ils pouvaient chacun dégager des priorités budgétaires, la promesse de campagne qu’il faut écouter avant tout parce qu’elle conditionne le reste c’est : « je respecterai les 3% en 2013 ». Un seul candidat n’a pas fait cette promesse et s’est inscrit dans une autre logique : Arnaud Montebourg. Il a fait 17% des voix… c'est-à-dire que 83% des électeurs qui se sont déplacés hier ont choisi un candidat qui voulait respecter les 3% de déficit dans deux ans. La logique politique, purement politique, faisant fi du parti socialiste et de ses anciennes traditions parfois byzantines, voudrait qu’Arnaud Montebourg appelle maintenant à voter pour celui qui dit les mêmes choses que lui sur les banques, le déficit et l’Europe, à savoir Jean-Luc Mélenchon! Seulement voilà, Arnaud Montebourg veut faire partie de la prochaine équipe gouvernementale. Ce ne sera pas la logique politique qui prévaudra mais la logique stratégique. Arnaud Montebourg devra se prononcer plus ou moins clairement mais il devra se prononcer selon la règle qui veut que, pour avoir les mains propres, encore faut-il avoir des mains.

La semaine qui s’ouvre risque donc d’être dangereuse pour le PS…

Oui, l’idéal, ce que l’on est en droit d’attendre d’un grand parti comme le PS c’est que ce qu’il nous dise maintenant et jusqu’en mai prochain corresponde le plus possible à ce qui sera réellement fait après l’élection en cas de victoire de la gauche. Le risque de désillusion, comme en 1983, est à la mesure de la différence entre les propos de campagne et la réalité des choix futurs. Donc ni Martine Aubry, ni François Hollande ne peuvent reprendre à leur compte le thème de la dé-mondialisation et le refus de se soumettre aux critères budgétaires de Maastricht, sous peine de se dédire et surtout, sous peine de s’éloigner, dans leur discours, de ce qu’ils savent très bien qu’ils feront, s’ils gagnent en mai prochain. Chacun semble trouver un peu la parade. On entend les Hollandais plutôt souligner l’aspect positif des apports d’Arnaud Montebourg sur les questions institutionnelles, sur le renouvèlement démocratique et la nécessité de plus de transparence dans la vie publique. Ce sont des positions à somme nulle et à fort potentiel symbolique. Martine Aubry, en parlant hier soir de « gauche forte », ne fait, pour l’instant que des concessions sémantiques et veut dire aux électeurs de Montebourg, réputés plus à gauche, qu’elle-même est plus à gauche que François Hollande… Cette course aux voix du troisième homme est logique mais la mauvaise nouvelle pour le PS, au milieu de son succès global, est que le troisième dit le contraire des deux premiers. Le risque de la confusion est donc grand ! Paradoxalement, le candidat qui fera le mieux la preuve de sa stature présidentielle sera celui qui bougera le moins de ses positions initiales. Tout simplement parce que sur les questions budgétaires et économiques, on ne peut pas faire un pas vers quelqu’un qui n’est pas sur la même planète que soi.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.