Les députés ont donc approuvé à une très large majorité, le traité européen… Et vous y voyez là un (gros) gâchis.

Je ne parle pas ici du contenu du traité. Ni du fait qu’un débat -un de plus- sur l’Europe ait eu lieu sans les Français. Après tout, les parlementaires fraîchement élus, parés de leur légitimité toute neuve représentent les Français… Non, le gâchis est politique. Paradoxalement, François Hollande a sans doute beaucoup perdu par ce vote très large en faveur du texte qu’il soumettait au Parlement. Pour être plus exact, il a beaucoup perdu le jour où, pendant la campagne présidentielle, il a décidé d’expliquer que le traité allait être renégocié. Que, fort de la puissance politique que confère une élection au suffrage direct, le nouveau président pourrait imposer à Bruxelles, Berlin et aux 25 autres capitales un nouveau travail sur le texte. Cette affirmation était, on le sait maintenait, soit une erreur de jugement, une coupable surestimation de sa propre capacité politique, soit un mensonge. La large approbation d’hier fabrique une victoire de façade qui cache une défaite de la parole politique. Ce n’est pas une promesse non tenue parmi d’autres ! Il y a deux catégories de promesses. La première, (dont ne fait pas partie la promesse de renégociation du traité) est plus classique. Elle fixe un but : « je vous promets d’inverser la courbe du chômage, je vais réduire l’insécurité ». Ces promesses ne sont, bien sûr, pas que des paroles en l’air… Elles sont quantifiables et portent sur les sujets essentiels, au cœur des vraies préoccupations des français : emploi, pouvoir d’achat, sécurité. Mais, et c’est un autre paradoxe, elles n’entrainent pas forcément une obligation de résultat.

L’opinion peut comprendre le poids du contexte.

Oui, elle le comprend d’autant mieux qu’elle vit ce contexte, bien avant les gouvernants. Donc, un président qui se sera donné les moyens de combattre le chômage et l’insécurité et aura obtenu des progrès, ne sera pas jugé d’abord sur des objectifs précis, pas atteints, les chiffres ou les délais. En revanche une promesse, qui, pourtant sur le papier, a moins d’impact direct sur la vie des français (sur le papier seulement), une promesse comme celle de la renégociation du traité contient, en elle-même, une obligation, cette fois-ci, de résultat. « C’est vous, par votre vote qui allez me donner le poids nécessaire pour imposer une renégociation » disait en substance François Hollande pendant la campagne. Cette catégorie de promesse non tenue, est politiquement corrosive. C’est un gâchis parce que dans tous les autres domaines qui établissent un lien de confiance entre la population et les présidents, la probité, la simplicité, la politique des nominations, la capacité à apaiser les tensions et à ne pas utiliser les divisions, eh bien François Hollande a plutôt réussi les premiers mois de sa présidence. Le gâchis, en réalité, réside dans le fait que François Hollande avant les élections, au moment où le PS s’était prononcé contre le texte négocié par Nicolas Sarkozy, disait en privé qu’il aurait préféré que son parti s’abstienne de s’y opposer. Une fois candidat, il a donc manqué de caractère pour imposer ce qui était son vrai point de vue. Ou alors il aura préféré la tactique au caractère pour des raisons électoralement bien comprises.

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