Ce matin, vous revenez sur la place du FN dans le paysage politique français…

Oui, toutes les préventions idéologiques contre le Front National semblent s’effondrer. Qualifier le FN de parti d’extrême droite (ce qui relève de l’analyse pertinente) n’a plus pour effet de voir des barrages sanitaires se dresser ! Du coup, on dit qu’il y a un glissement progressif et constant de la société vers la droite ! Mais cette vision peut être contestée. Et le fait que de nombreux électeurs de gauche ne soient plus effrayés de voir Marine Le Pen progresser ne veut pas forcément dire qu’ils soient en train de virer de bord. Marine Le Pen progresse en se normalisant, en recentrant son discours concernant les étrangers sur des questions de religion, en invoquant la laïcité (même si c’est en distordant le sens et l’essence). Elle « déracialise » son propos en le laïcisant. Elle fait passer la question sociale et la question de la souveraineté avant la question de l’immigration. Marine Le Pen vise même l’adhésion de l’électorat d’origine immigrée, exaspéré par les dérèglements de la société et la montée des trafics de l’économie parallèle dans bien des cités. Aux Etats-Unis, quand la droite du parti républicain remporte certains succès chez les latinos, on appelle ça le syndrome du « dernier entré ferme la porte ».

La notion d’extrême droite n’est donc plus rebutante pour toute une partie de l’opinion…

Non, c’est une insulte comme une autre dans un débat politique relâché et décomplexé où tout se dit ! Une bonne partie de la population se désidéologise puisque les alternances politiques ne changent pas grand chose. Voilà le nœud : l’impuissance publique produit la montée du FN. La société se morcelle, se crispe mais dire qu’elle devient plus raciste par exemple, est tout à fait contestable. Les récriminations envers les Roms, les exaspérations, les demandes d’expulsions… ne viennent pas des racistes ou des xénophobes… Il y a des situations invivables. L’exaspération de la population se manifeste plus contre l’impuissance publique à régler ce problème que contre des populations. Le FN n’est responsable et comptable de rien, d’aucune gestion. Son discours de dénonciation peut donc progresser tant que l’exaspération devant l’inefficacité des politiques menées se manifeste. La politique de Nicolas Sarkozy ne marchait pas, celle de François Hollande ne marche pas non plus puisque les systèmes de solidarité patiemment mis en place depuis 1945 se délitent. Dans le même temps, le miroir de l’information continue et des réseaux sociaux qui hystérisent le moindre débat, renvoie à la société une image toujours plus sombre d’elle même. Tout concourt donc à ce qu’une analyse de surface décrive une France en pleine dérive fachisante, pourtant… Rappelons quand même qu’il y a un an et demi c’est un homme de gauche qui a recueilli la majorité absolue…que Nicolas Sarkozy a perdu en droitisant son discours, alors que Marine Le Pen progressait en modérant le sien… Marine Le Pen râle, elle éructe et ça marche ! On disait dans les années 90, que le vote FN était un vote de protestation, puis, qu’il est devenu un vote d’adhésion. C’est en fait un vote d’adhésion à la protestation. L’opinion ne réclame pas plus de droite que de gauche mais des résultats !

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