Ce matin : la grande panne…

Oui, c’est le sentiment que l’on a à l’annonce par Ségolène Royal de l’abandon de l’écotaxe. Il faut dire que Ségolène Royal avait qualifié ce type de mesure, il y a quelques mois, « d’écologie punitive ». Les routiers n’avaient plus qu’à menacer de ne plus être très sympas… Le souvenir des bonnets rouges est encore frais. Le gouvernement et le président sont trop fragiles, trop impopulaires pour engager des mesures à caractère catégoriel sans risquer une agitation sociale et corporatiste d’ampleur. Il ne s’agit pas de courage politique. A quoi servirait-il de reculer après trois semaines de troubles et de blocages plus ou moins violents. Au-delà du seul cas de l’écotaxe, il y a des terrains praticables pour la réforme et d’autres qui ne le sont pas. En France, tout se passe comme si, depuis 1995, le terrain n’était jamais praticable. Et ceux qui se vantent en ce moment, comme Nicolas Sarkozy, de n’avoir jamais reculé devant la rue n’ont en réalité rien réformé de substantiel. L’exemple du rapport Attali, commandé par l’Elysée lors du précédent mandat, en est une illustration parfaite. Tout ce que tente d’esquisser, en vain, le gouvernement de Manuel Valls était déjà contenu dans les recommandations d’Attali. D’ailleurs, un jeune et brillant énarque l’avait aidé dans ce travail : Emmanuel Macron. Finalement, après un accueil enthousiaste de ce rapport par le président de l’époque, rien ou presque ne se fit. Même pas la réforme des taxis, pourtant désignée comme mineure et emblématique de ce qu’il fallait réformer. Nicolas Sarkozy ne recula pas devant la rue mais avant la rue ! Comme sur la taxe carbone d’ailleurs, retoquée par le Conseil Constitutionnel en 2010 et opportunément jamais reproposée sous une forme acceptable.

François Hollande recule donc sur l’écotaxe, pourtant il avait fait un discours remarqué à l’ONU en septembre sur l’urgence de traiter la question des énergies carbonées !

Oui, il recule au moment où les études sur le réchauffement climatique renvoient définitivement les climato-sceptiques comme Claude Allègre au rang des visionnaires de la trempe de Paco Rabane. Il y a deux jours, le GIEC a rendu un rapport concluant que l’activité humaine était responsable d’un accroissement du taux d’acidité des océans de 30%... et la France, incapable de mettre en place une fiscalité écologique, va faire la leçon au monde entier, l’année prochaine, en accueillant la conférence climat.

Au-delà de cette affaire d’écotaxe, la grande réforme fiscale promise par Hollande, re-promise par Ayrault ? Évaporée. La réforme du logement ? Light puis détricotée. La réforme territoriale ? Édulcorée. La réforme du droit social ? Soumise à des négociations hypothétiques entre partenaires sociaux peu enclins au compromis. Pour débloquer la machine à réformes, lui donner des moyens de nouer des compromis politiques et sociaux, il faudrait modifier les institutions. Il n’y a pas de majorité pour cela et tout référendum – vu la popularité du président- serait un plébiscite négatif. D’où ce sentiment d’une France en gilet jaune… En panne générale.

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