Nicolas Sarkozy a réitéré hier soir au Zénith son souhait d’organiser plusieurs référendums…

Oui, on en est à 3 ou 4 référendums, les 2 derniers confirmés hier portent sur la limitation du regroupement familial et la possibilité d’interner les fichés S les plus dangereux. Ces consultations auraient lieu en juin, en même temps que les législatives. Un débat juridique est immédiatement apparu pour savoir si ces référendums étaient conformes à la constitution. Il faut, par exemple, qu’ils soient réalisés pendant une session parlementaire. Mais il suffit, en fait, de convoquer une session extraordinaire avec les députés de la majorité sortante. Et puis Nicolas Sarkozy fait remarquer à qu’en 1962, la plupart des juristes, la presse et même Gaston Monnerville, le président du Sénat et le Conseil d’Etat avaient expliqué que le référendum sur la réforme de l’élection présidentielle, via l’article 11, était une entorse à la Constitution. Le général passa outre. Le peuple trancha. Sauf que là, ce n’est pas tant la procédure qui paraît inconstitutionnelle que la question elle-même. Peut-on demander au peuple de valider le fait que l’on puisse enfermer des gens, en dehors de toute décision judicaire préalable ? Nicolas Sarkozy refuse de s’arrêter sur ces considérations de pinailleurs. Il a d’ailleurs eu ces mots pas très « gardien des institutions », je cite, « le Conseil d’Etat, il ne manquait plus qu’eux. »

La faisabilité juridique de sa proposition est secondaire en somme ?

Oui, cette proposition de référendum à la marge de la légalité répond à un sentiment populaire immédiat que Nicolas Sarkozy a bien repéré. Celui de l’impuissance publique qui mine la confiance envers l’Etat. Il faut combattre cette impuissance sans trop se soucier des conventions de temps calme. A période exceptionnelle, comme le général de Gaulle l’a montré, il faut des mesures exceptionnelles. Mais la comparaison a ses limites. A l’époque, l’annonce d’un référendum n’était pas un argument électoral. Et on ne dérangeait pas le peuple pour rien. Les référendums de de Gaulle étaient quand même d’une autre trempe : Approbation de la constitution de 58, oui ou non à l’indépendance de l’Algérie, élection du président au suffrage universel. Nicolas Sarkozy, lui, les veut pour rétablir le cumul des mandats et réduire le nombre d’élus, instaurer des retentions administratives de fichés S et limiter le regroupement familial qui ne concerne que 11.000 personnes par an. En fait, ces annonces ont surtout pour but de cliver. Il faut que les médias de la pensée unique (pas beaucoup plus populaires que les politiques), « le petit Paris mondain » qui ne connait pas le peuple et, comme l’a dit hier l’ancien président, qui ne prend jamais le métro (référence involontaire, je crois au « le peuple c’est le métro à 6 heures du soir » de Malraux). Donc il voudrait que nous disions, en vierges effarouchées, que ses référendums ne sont juridiquement pas possibles, et même qu’ils sont dangereux ! Ainsi nous serions mis dans le camp des immobilistes, gardiens du système, de ceux qui ont peur du peuple, face au vrai représentant du vrai peuple qu’il a décidé d’être. Certes, ce n’est pas très fin mais en période de creux politique, et à un peu plus d’un mois du scrutin, la Grosse Berta est visiblement jugée plus appropriée que le fleuret.

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