Ce matin…une histoire d’essoreuse…

Oui, nous assistons, s’agissant du débat sur l’islamisme, au « syndrome de l’essoreuse ». Les politiques ou intellectuels qui s’emparent de ce sujet font tourner l’essoreuse du débat à fond et tous se retrouvent collés aux extrêmes par la force centrifuge de l’outrance. Les arguments rationnels, complexes, sont écrasés sur les parois de l’essoreuse. Et ainsi, le débat semble n’opposer que la fachosphère à l’islamo-gauchisme. Le comble de la stigmatisation étant cette phrase de Jean-Luc Mélenchon sur Manuel Valls. Selon le patron de la FI, l’ancien 1er ministre ferait partie de la fachosphère, il serait, je cite «proche des thèses ethnicistes de l’extrême droite». La fachosphère, c’est ce petit monde de trolls sur les réseaux sociaux, identitaires, obsessionnels, souvent anonymes, qui tord le réel et les chiffres pour démontrer qu’islam égale forcément islamisme. La gauche place souvent abusivement dans cette sphère brune les intellectuels conservateurs comme Alain Finkielkraut qui s’inquiètent, c’est vrai parfois de façon un peu névrosée, de l’influence de l’islamisme. Et voilà donc maintenant que Jean-Luc Mélenchon agrandit encore le cercle de la facho-sphère, prenant le grave risque de la banaliser, en y incluant Manuel Valls, sous prétexte que ce dernier se montre intraitable sur les valeurs de la République. Valls refuse simplement, comme beaucoup de républicains convaincus, d’être traité d’islamophobe, sous prétexte qu’il entend mener une guerre politique, sans merci, contre l’islamisme.

De l’autre côté, l’étiquette « d’islamo-gauchiste » est aussi trop rapidement collée…

Oui, l’islamo-gauchisme, c’est cette partie de la gauche qui fait preuve d’une compréhension coupable envers l’islamisme, jusqu’à renverser les rôles et considérer que, comme les musulmans sont souvent victimes de discrimination, l’islamisme serait une réponse compréhensible, quand elle n’est pas carrément niée. La société serait coupable et les islamistes victimes. Des associations comme les Indigènes de la République ou de très rares parlementaires comme la député la FI Danièle Obono, peuvent être classés parmi les islamo-gauchistes. Cette dernière a pu dire, par exemple, qu’un homme «qui refuse de conduire un bus après une femme peut être sexiste mais n’est pas forcément radicalisé». Ça ne fait pas pour autant de Mélenchon (qui n’aurait jamais prononcé une telle phrase) un islamo-gauchiste. Mais les tenants de la laïcité la plus stricte l’y classeront quand même, en raison de ses outrances contre Manuel Valls. Voilà comment tourne la mécanique folle de l’essoreuse à débat. De même Benoit Hamon est aussi taxé d’islamogauchiste par ceux qui, comme Manuel Valls, ont pu dire que chercher à comprendre, c’était déjà excuser. Hamon, inquiet des ravages que pourrait provoquer un amalgame entre islam et islamisme peut certes paraitre s’égarer dans la culture de l’excuse mais ça n’en fait pas pour autant un islamo-gauchiste égaré par le déni ! Le débat sur la place de l’islam en France finit par ressembler à un dialogue Tarik Ramadan-Valeurs-Actuelles. Mélenchon et Valls sont au fond, sur ces sujets, beaucoup plus proches qu’ils ne le montrent. Ils devraient un peu lâcher l’essoreuse et la laisser à son usage premier: la salade et le linge !

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.