La notion de désobéissance civile... avec l’essor mondial du mouvement Extinction-Rébellion. D’ailleurs ‘désobéissance civique ou civile’ ?

Les deux termes sont utilisés. C’est d’abord en anglais Civil disobediance, le titre d’un essai du philosophe américain Henri David Thoreau qui, en 1849 prônait des actions collectives contre l’esclavage. La traduction française est désobéissance civique. ‘Civile’ ajoute une notion de civilité, c’est à dire de non-violence. Dans l’histoire c’est Gandhi, 1930 contre l'impôt colonial, Martin Luther King, les droits civiques des noirs... En France, le Manifeste des 121 pour l'insoumission pendant la guerre d'Algérie, avec une déclaration des droits de l’insoumission écrite par Maurice Blanchot ou le Manifeste des 343 de Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi en 1971 pour la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse. 343 femmes revendiquent s’être fait avorter et donc avoir enfreint la loi. Si le droit à la résistance contre l’oppression est dans la déclaration des droits de l’homme, le droit à la désobéissance, inscrit nulle part, en découle. Il est dans le caractère national depuis la Révolution, acte fondateur. Mais aussi dans l’appel du 18 juin du General de Gaulle, insoumission résistante. Le philosophe Alain disait ‘refuser en donnant des raisons n’est pas refuser’. Donc la désobéissance civile (pas la rébellion) peut être légitime en démocratie. La question philosophique, politique, juridique est de déterminer à partir de quand, et jusqu’où ? Surtout dans le cadre d’une démocratie libérale (comme la nôtre) qui ne limite pas la pratique citoyenne au seul vote.

Et donc l’action d’Extinction-Rébellion pratique-t-elle une désobéissance civile acceptable ? 

Chacun doit se faire son opinion. Par définition il n’y pas de règle et la jurisprudence est mal établie ! La désobéissance civile écologique a ressurgi avec José Bové démontant un McDo à Millot en 1999. Cette jeunesse qui, aujourd’hui, s’inquiète pour la planète s’adresse à une génération de dirigeants qui, dans sa propre jeunesse, était parfois autrement plus radical : maoïstes, trotskistes... ou engagé à construire un monde industriel, consumériste, vorace qui nous a certes nourri mais a aussi mis la planète dans cet état ! Un peu de compréhension pour cette jeunesse semble donc de mise au vu de l’avenir qu’on leur promet... On peut même s’estimer heureux que sa radicalité ne s’exprime pas (pour le moment du moins) plus violement. L’importance de ces mouvements est aussi un symptôme du dégagisme. Après les politiques voici le monde associatif plus sage (WWF et même Greenpeace) qui prend un coup de vieux. Défiance populaire mais aussi gouvernementale. De ne pas avoir, dans un 1er temps, voulu s’appuyer sur les élus locaux et les syndicats, le gouvernement s’est retrouvé face aux gilets jaunes. De même, d’avoir trop longtemps négligé le monde associatif en matière d’écologie, l’Etat se retrouve face à des associations protestataires ou une désobéissance civile avec laquelle il est difficile de négocier. Mais le macronisme horizontal des deux 1èresannées n’est pas –loin s’en faut- seul responsable puisque ce mouvement est mondial ! Pour Extinction-Rébellion-France, si l’on met en regard l’importance existentielle de l’enjeu et la modestie de la désobéissance : occupation pacifique d’une place de Paris, on peut vraiment considérer que oui, il s’agit d’une action de désobéissance civile légitime.

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