Question existentielle à laquelle la gauche n'a pas encore collectivement réussi à répondre. Mais certains dans son camp commencent à tracer la voie. Pour s'en tenir à l'actualité immédiate, l'opposition doit-elle se contenter de railler la cacophonie gouvernementale ? Exemple tout chaud : le porte-parole du gouvernement nie vendredi l'existence d'un avant projet de décret sur les régimes spéciaux. Le premier ministre, François Fillon, hier, affirme à la télé, "oui, la réforme est prête, elle n'attend plus que le feu vert du président". Quel est le collaborateur du président qui dit vrai ? L'opposition doit-elle se contenter d'ironiser sur l'inefficacité de la lecture de la lettre de Guy Mocquet partout et en toutes circonstances pour gagner à tous les coups ? Les premiers et récents déboires du XV de France, malgré cette lecture, pourraient éventuellement lui en fournir le prétexte. L'opposition doit-elle se contenter de dénoncer un président en campagne électorale permanente, qui retourne à l'usine, va voir les patrons, les fonctionnaires, reçoit les syndicats, promet de s'occuper tout seul de tout, de la croissance et du reste, un président qui par ailleurs fait preuve d'une incroyable et indépassable réactivité à tout ce qui provoque de l'émotion dans l'opinion publique ? Non, la gauche ne saurait se satisfaire de ces dénonciations, si elle veut un jour retrouver sa voix, et sa crédibilité. Alors, comment s'opposer ? Il y a quelques jours à La Rochelle, François Hollande expliquait que pour tenter de contrer cette émotivité érigée en valeur par le sarkozysme, il fallait "décrypter et mémoriser" disait-il. Décrypter les projets du président, et rappeler de quoi il était déjà comptable. Et bien, un homme, un socialiste s'y est employé de façon assez exemplaire ce week-end. Dans une interview au Monde, Robert Badinter, ex garde des sceaux et actuel sénateur socialiste décrypte le mode de fonctionnement de Nicolas Sarkozy en matière de justice. Emotion, réaction, répression, et toujours, loi supplémentaire avec en seule ligne de mire, la victime, voilà les ressorts du président constate Robert Badinter, qui les démonte un à un. L'idée générale, c'est que malgré toute la compassion que chacun éprouve naturellement pour les victimes, la justice ne saurait se confondre avec une thérapie. Il détaille : Ajouter une loi aux lois successives au seul motif d'apaiser l'opinion publique conduit au désordre législatif dit-il. "On est entré dans un système où la loi devient un mode de communication politique. Mieux vaudrait s'assurer de sa mise en oeuvre" insiste-t-il. Garder enfermés des délinquants sexuels qui ont purgé leur peine comme l'a suggéré Nicolas Sarkozy ? Mais quel va être le rôle du juge qui va devoir ordonner une détention, sans infraction ni condamnation, s'interroge-t-il. Juger des irresponsables comme l'a réclamé le président ? Procès fictif assure Robert Badinter, dans le seul but de permettre aux victimes de "faire leur deuil", mais un procès ne doit pas déboucher sur un psychodrame judiciaire. Ce serait dévoyer la justice. Rédefinir une des valeurs cardinales de notre démocratie, son sens et ses exigences, voilà à quoi s'emploie Robert Badinter dans cet article. Et s'il valait d'être souligné, c'est qu'il fait plus à lui seul pour la crédibilité de la gauche que bien des déclarations d'intention sur sa nécessaire, mais jusque là fort creuse, Rénovation.

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