**Hier, les principaux protagonistes de la réforme des retraites se sont exprimés sur France2.Oui, enfin non, il manquait Raymond Soubie, le conseiller social de l’Elysée et qui est le vrai ministre du travail. Donc il n’était pas là, et ceux qui étaient là n’ont pas débattu. France 2 n’a pas pu organiser de confrontations d’arguments et l’on a assisté à un ballet d’intervenants qui étaient en duplex depuis des studios voisins avant de pouvoir venir sur le plateau, comme si syndicat, majorité et opposition, à l’image de l’état du dialogue social en France, ne pouvaient même pas être dans la même pièce, en même temps! Le premier ministre voulait pouvoir parler tout seul, exposer sa réforme sans contradicteurs autres que journalistiques, les syndicats ne voulaient pas débattre avec Eric Woerth. Ils ne voulaient pas, sachant que le premier ministre était là, participer à ce qui ressemblait effectivement trop à une opération de remise en selle du ministre du travail éreinté par les affaires. Martine Aubry, chef de l’opposition, invité depuis juillet n’est pas venue non plus. Sans doute aurait-elle acceptée de débattre mais simplement avec le chef du gouvernement qui, lui-même, donc, ne veut pas débattre. Bref, si l’on résume : Les vrais décisionnaires, l’Elysée ne parlent pas, ceux qui parlent ne veulent pas débattre et ceux qui veulent bien débattre veulent absolument choisir leurs interlocuteurs! Nous somme un peu comme au collège, en troisième, vous savez quand Kevin voudrait bien sortir avec Vanessa qui est dans sa classe mais Vanessa, évidemment, elle ne veut sortir qu’avec un grand de seconde… mais les grands de seconde, ils sont au lycée et donc, ils ne veulent pas sortir avec des collégiennes. Hier soir, c'était un peu "Hélène et les garçons"... Et pourquoi ne débattent-t’ils pas ?He bien parce que le débat c’est l’incertitude, le risque. Il y a un plan média et nous, journalistes devrions en être les supplétifs ! Le débat, ça ne cadre pas avec cet excès de calibrage de la parole qui caractérise le mode de communication des plus hautes autorités de l’Etat et aussi parfois des responsables de l’opposition. On a déjà largement décrit ici ces fameux « éléments de langages » et la centralisation, à l’Elysée de la fabrication d’un discours formaté et adapté à chaque situation, à chaque conflit social, à chaque projet de texte. Dérouler, débiter, réciter ce discours tout-fait ne va pas du tout avec l’idée d’un débat contradictoire. Nicolas Sarkozy, lui-même qui n’aimait tant la confrontation d’idées, le duel politique, avant d’être élu, est devenu maintenant un adepte du monologue hyper-sécurisé. On attend toujours, par exemple, les fameuses conférences de presse du Président promises par le candidat Sarkozy... Quant à organiser un débat contradictoire entre le Président et le chef de l’opposition, en dehors de la campagne présidentielle, n’y pensez même pas, ça ne s’est jamais fait en France (sauf au moment de Maastritch en 1992 entre Philippe Séguin et François Mitterrand). C’était d’ailleurs logique puisque le chef de l’Etat était le président de tous les Français et non pas le chef d’un camp. Seulement, il se trouve que Nicolas Sarkozy assume parfaitement le fait d’être le chef de sa majorité, il devrait, en toute logique accepter un débat contradictoire mais c’est tellement inimaginable dans notre république néo-monarchique, qu’aucun média n’a même jamais pensé à le lui proposer! Ce qui est nouveau c’est que cette tendance au monologue sécurisé ne concerne plus simplement le président. Elle touche aussi (on l’a vu hier) le premier ministre, qui est pourtant (selon notre Constitution) le vrai chef de la majorité et devrait, à ce titre accepter et même rechercher le débat.**

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