Ce matin vous vous intéressez aux centristes…

Oui, ce matin je vous parle du rapprochement entre François Bayrou et Jean-Louis Borloo… Bon je sais, dit comme ça, ça peut donner envie de se recoucher et ce n’est pas un service à rendre à nos auditeurs –ni à l’économie française- à 7H45 du matin en milieu de semaine… mais, vous allez voir, si l’on sait y regarder d’un certain angle, ça peut être intéressant ! Hier à ce micro, Jean-Louis Borloo nous confirmait que François Bayrou et lui se revoyaient et avaient des projets ensemble. Avant, ils faisaient chambre à part, depuis que le président du Modem avait quitté le giron de la droite pour finir par voter pour François Hollande. Mais maintenant, on va tout droit vers des listes communes UDI/MODEM aux élections européennes et municipales. En se plaçant finalement et clairement dans l’opposition, François Bayrou fait le constat qu’il a raté son pari de faire émerger une force politique centrale et indépendante. La Vème République n’est pas faite pour les coalitions, elle est donc irrémédiablement bipolaire. Le « ni droite, ni gauche », c’est impossible. Le « centre-centre » est forcément très inconfortablement assis au milieu, sur la barre qui sépare la gauche de la droite. Il y a quelque chose de paradoxal à voir François Bayrou passer officiellement dans l’opposition alors que, jamais la gauche n’avait mené une politique aussi centriste. François Hollande, comme François Bayrou le préconisait, réduit les déficits et le coût du travail et, comme François Bayrou le conseillait aussi, le Président tente de réformer en douceur par la négociation. Alors, certes, il augmente trop les impôts pour François Bayrou, certes le leader centriste est contre l’intervention en Syrie… Mais, globalement les politiques économiques et sociales et les aspirations européennes de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, ressemblent plus au programme du candidat Bayrou de 2012 qu’à celui du candidat Hollande ! Et il est très loin de ce que pensent Pierre Laurent ou Jean-Luc Mélenchon avec qui, pourtant, le PS gère villes, départements ou régions.

Est-ce que vous êtes en train de nous expliquer que François Bayrou s’est fait avoir ?

En quelque sorte ! François Hollande n’a pas saisi l’occasion du soutien de Bayrou au deuxième tour de la présidentielle pour créer une nouvelle majorité. François Bayrou attend des signes depuis mai 2012 mais rien n’est venu malgré cinq rencontres discrètes en tête à tête. François Hollande avait besoin des voix modérées de François Bayrou mais il n’a pas besoin de François Bayrou. C’est cruel mais c’est le destin d’un centriste dans la Vème République. En fait on en arrive à ce paradoxe absurde : c’est justement parce que sa politique est menée que François Bayrou passe dans l’opposition. Cela dit – si les responsables du MODEM peuvent se sentir cocus, les électeurs centristes, eux s’y retrouvent puisque c’est l’aile modérée de la gauche qui est aux manettes. Et maintenant François Bayrou passe de l’autre côté où il va peser, contrebalancer la tendance actuelle à la droitisation. François Bayrou n’aura jamais gouverné depuis qu’il a créé le Modem mais au moins il aura servi d’adoucissant à la gauche avant d’œuvrer de la même façon pour la droite. Un destin à la Mir Laine ou à la Soupline de la politique, ce n’est certainement pas ce dont rêvait François Bayrou… mais ses électeurs devraient lui en être reconnaissants.

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