Réforme du code du travail : le président tente des chemins détournés pour arriver à ses fins .

Oui, la politique ça pourrait être simple. Sur un sujet comme celui-là, censé être le cœur de la réflexion des socialistes. Le PS devrait avoir une doctrine claire, affirmée et (osons cette exigence incroyable)…affirmée, pourquoi pas avant de se faire élire. On aurait pu imaginer que pendant leurs dix ans d’opposition, les socialistes réfléchissent, consultent et enfin fassent des propositions sur l’évolution du code du travail… sujet que personne ne découvre, comme ça en cet automne 2015…. Mais non, en France on ne choisit pas les idées mais les hommes… ce qui autorise les hommes à développer des idées floues pour se faire élire et faire mine de découvrir les problèmes en gouvernant : tiens, un énorme déficit !...tiens, dis donc un problème de compétitivité ! Et aujourd’hui, un livre et deux rapports avec ce scoop : le code du travail n’est plus adapté ! Le rapport Combrexel, après celui de la fondation Terra Nova et le livre de Robert Badinter, préconise une profonde réforme du code du travail. Tous ces rapporteurs sont proches du PS, votent socialiste, ils sont anciens ou futurs ministres… mais ce n’est pas le PS qui fait ces propositions ! Non, au PS monsieur, on protége les droits des travailleurs ! Plutôt que d’assumer la réforme, F.Hollande préfère apparaitre en modérateur d’une réforme qui serait inéluctable. Comme si les rapports, les livres, les états des lieux étaient des évènements autonomes, des faits imprévus qui s’imposaient à l’exécutif, comme une inondation ou un attentat…et l’executif serait assez courageux et fort pour les contenir ! Le nouveau motto présidentiel « je fais des choix, j’assume, je tranche » n’est pas tout à fait raccord avec ce qui se déroule sous nos yeux à propos de la réforme du code du travail.

Aujourd’hui le président, en bon social-démocrate, s’en remet aux partenaires sociaux.

Oui, et il risque de vivre l’éternel drame des sociaux-démocrates dans un pays à pouvoir vertical comme le nôtre. F.Hollande est pour le compromis (c’est la version « pouvoir » de la synthèse, le bon côté de ce qu’on lui reproche souvent)… mais il n’y a pas en France des forces syndicales réformatrices assez puissantes …Et, en face, le patronat n’a ni le goût, ni la culture de la cogestion. La social-démocratie, c’est-à-dire faire prendre des décisions grâce à des accords entre salariés et patrons, est encalminée dans notre culture de l’affrontement exercée par des partenaires croupions. En France, être social-démocrate, c’est être manchot ! Et comme les attributs du pouvoir central, qui pourrait pallier l’incurie de la social-démocratie, sont désormais, eux aussi, inefficaces - trop lent, trop lourd ou trop pusillanime -, il y a comme une grande impression de blocage, qui plombe l’ambiance générale. Si, à la fin du processus entamé, le code du travail n’est pas véritablement réformé, alors il sera avéré que ni l’autoritarisme vertical de N.Sarkozy, ni la méthode douce horizontale de F.Hollande ne marchent en France. Il faudra alors vraiment commencer à se poser la question de la mère de toutes les réformes, celle de nos institutions et de notre culture politique.

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