Thomas Legrand revient sur la tribune signée par Jean-Luc Mélenchon, dans le Journal du Dimanche, titrée : ‘Le temps des procès politiques doit cesser’

Jean-Luc Mélenchon, ici lors d'un rassemblement du parti qu'il dirige, La France Insoumise, en juin 2019
Jean-Luc Mélenchon, ici lors d'un rassemblement du parti qu'il dirige, La France Insoumise, en juin 2019 © AFP / Geoffroy VAN DER HASSELT

Tribune co-signée par plusieurs personnalités de tous les continents. Le texte décrit le lowfare, méthode qui consiste, pour un gouvernement, à instrumentaliser la justice et la presse pour que, de concert, ils enferment un opposant dans une spirale de déconsidération populaire. Il ne s’agit pas d’arrestations arbitraires ou de disparitions, comme dans de vulgaires dictatures d’antan, mais juste d’instiller (plus ou moins subtilement) le venin de la suspicion judiciaire et médiatique. 

Cette pratique est à l’œuvre dans de nombreux pays illibéraux de l’Europe de l’Est, mais aussi en Asie, en Afrique, bien sûr, en Amérique du sud. Amérique latine bien représentée (Venezuela exceptée) dans la tribune du JDD.  

Alors c’est vrai. Il y aurait bien des aspects critiquables concernant la politique judiciaire et sécuritaire française. 

Lesquels ?

Justement le recul du rôle du juge au profit de celui de l’administration et de la police par l’introduction en 2017 d’une partie des règles d’exception de l’état d’urgence dans le droit commun via la loi anti-terroriste, plus récemment des dispositions restreignant le droit de manifester ou un retard criant dans la prise de conscience de l’obsolescence dangereuse de la doctrine du maintien de l’ordre. 

Les organisations de défense des droits de l’homme et même l’ONU pointent la France à propos de sa politique carcérale, de son traitement des mineurs isolés, de la lenteur des enquêtes internes sur les violences policières. Il y a tant de sujets de controverses justifiées pour une opposition qu’on reste confondu par le thème de cette tribune. 

Quand Jean-Luc Mélenchon explique qu'il n'y avait pas eu de tels procès politiques en France depuis la période de la guerre d'Algérie, on frémit en se remémorant cette époque de condamnations à mort par dizaines... L’amalgame entre les époques est délirant. L’amalgame avec la situation du président Lula en prison au Brésil (le juge qui s’est acharné sur lui est devenu, tout simplement, ministre de la Justice de Bolsonaro)… cet amalgame est grotesque ! 

Comme si le chef de La France Insoumise voulait saborder la capacité de son parti à cibler, de façon justifiée, les vrais disfonctionnements sécuritaires français

Parce que la justice et la police en France, malgré tous leurs défauts, leurs manquements, ne sont pas une justice et une police politiques ! Ou alors elles le sont contre absolument tout le monde ! Elles persécuteraient le RN et François Fillon pour les emplois présumés fictifs... Elles persécuteraient même le principal soutien politique d’Emmanuel Macron, François Bayrou, l’ayant forcé à démissionner quelques semaines après sa nomination... démissionner d’où ?... du ministère de la Justice, avec deux autres ministres ! 

En fait, on pourrait pousser le raisonnement complotiste jusqu’à l’absurde : si Emmanuel Macron manipulait vraiment la justice à des fins politiques, n’épargnerait-il pas Jean-Luc Mélenchon, l’opposant finalement le plus utile et le plus confortable dont il puisse rêver ?

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