**Par Jean-François AchilliLes critiques sur l'intervention française en Côte-d'Ivoire se sont multipliées ce week-end à gauche. Et la présidence de la République y répond ce matin, en justifiant l'intervention cette nuit de nos soldats à Abidjan.Un communiqué a été publié par l’Elysée ce matin il y a une heure, pour justifier l’assaut donné par la force Licorne contre le QG de Laurent Gbagbo. Dans les grandes lignes, la France agit à la demande du secrétaire général des Nations Unies afin de neutraliser les armes lourdes utilisées contre la population civile. L'entourage présidentiel nous a confié que les casques bleus sur place n'avaient pas les moyens d'agir, et que seuls nos soldats pouvaient « finir » le travail pour exfiltrer Gbagbo et le livrer à la justice internationale. Ce dispositif de communication a été élaboré hier soir à l’Elysée. Comme pour dire : stop les critiques, nous l'avons fait, mais sous couvert des Nations Unies, nous ne prenons pas partie, quoiqu'en disent les socialistes. C'est justement ce que la gauche a fortement critiqué ce week-end ?C'est la fin d'une belle unanimité, ou du moins d'un silence poli. Quand les troupes françaises sont engagées, la classe politique nationale évite les commentaires en général. Mais l'intervention en Côte d'Ivoire, et celle en Libye également, soulèvent plusieurs questions : où s’arrête l’assistance à population en danger ? Et jusqu’où peut aller le droit d’ingérence ? "Intervention lorsqu'elle est justifiée oui, interventionnisme allant jusqu'à l'enlisement non", a déclaré Laurent Fabius. Benoît Hamon a demandé à ce que le rôle de Licorne soit « clarifié ». Bertrand Delanoë, invité de Dimanche Soir Politique, a estimé qu'en Libye comme en Côte d'Ivoire, il fallait se préoccuper exclusivement des populations civiles. Les peuples se libèrent par la suite, librement, sans notre ingérence. C'est justement là tout le problème des objectifs de guerre qui est posé. Quand la France, ancienne puissance coloniale, soutient sur le terrain les forces d'Alassane Ouattara, président élu, est-ce pour protéger les populations, ou pour peser dans les affaires de la Côte d'Ivoire ? C'est une question de curseur. Certains dans l'opposition doutent des intentions, par-delà l'urgence humanitaire. "La défense des droits de l'homme, cela se traduit par des actes", réplique l'Elysée. Les socialistes français soutiennent-ils toujours Laurent Gbagbo ?Il y a là aussi une belle ambigüité. Nous n'allons pas vous refaire le film de tous les ténors socialistes qui ont défilé à Abidjan pour soutenir Laurent Gbagbo, avant sa défaite. Tous ou presque lui ont tourné le dos depuis, à l'exception de Roland Dumas, un cas à part. Mais les déclarations de ce week-end sonnent comme une petite musique qui rappelle cette amitié devenue embarrassante qui a lié le PS au camarade Laurent Gbagbo. Nicolas Sarkozy prend tout de même au sérieux les critiques du PS. Le chef de l'Etat sait qu'elles peuvent marquer l’opinion, parce qu’elles dessinent en creux le portrait d’un président interventionniste, une sorte de va-t-en-guerre qui aurait ajouté deux nouveaux fronts à celui de l’Afghanistan. Vous connaissez la vieille recette, un bon succès sur la scène internationale, rien de tel pour faire oublier les vicissitudes de la politique intérieure... Mais là, c'est la guerre. Un enlisement serait à très "haut risque" à un an de l’élection présidentielle.**

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