Par Marc Fauvelle.

Pas question de changer de cap économique… François Hollande a été clair hier, en tapant sur les doigts de certains de ses ministres, qui avaient critiqué le « tout austérité »…

Il faut toujours se méfier des dîners entre ministres... on ne sait jamais comment ça finit… Dimanche soir, quatre d'entre eux partagent le couvert et dissertent sur la situation actuelle.... Il y a là autour de la table Arnaud Montebourg, Cécile Duflot, Benoît Hamon et Christiane Taubira… En entrée, c’est l’affaire Cahuzac qui occupe les discussions, mais très vite, on en vient à la situation économique et avant de se quitter, trois des convives décident que ça ne peut plus durer, qu'il faut taper du poing et dire tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout court. Que la rigueur imposée par Angela Merkel est en train d’asphyxier l'Europe, que le dogme aveugle des 3% de déficit nous conduit dans le mur, ou vers les populismes à l'italienne... à moins que ce ne soit les deux à la fois. Sitôt dit, sitôt fait. Montebourg, Duflot, Hamon livrent coup sur coup le fond de leur pensée dans trois interviews.

Et comme souvent dans ces cas-là, c’est Arnaud Montebourg qui tape le plus fort. Dans un entretien au Monde , il retrouve les accents qui étaient les siens lors de la primaire socialiste. Tout y passe, le système financier à la dérive, les banques qui entretiennent la crise, l'Europe obnubilée par la rigueur, et surtout le sérieux budgétaire, qu’il qualifie d'absurde et de dangereux. Stupeur à Matignon. En découvrant ses propos, Jean-Marc Ayrault est furieux, nous racontent ses proches. Il le prend quasiment comme une attaque personnelle. Une sorte de revanche d'Arnaud Montebourg, qui avait dû manger son chapeau dans l'épisode de Florange, qu’il voulait, on s’en souvient, nationaliser. Jean-Marc Ayrault en était sorti politiquement vainqueur, certes c'est sa ligne qui avait triomphé, mais il avait dû affronter la colère de son ministre. Et aussi ses insultes, le désormais célèbre : « Tu fais chier la terre entière avec ton aéroport dont tout le monde se fout. Tu gères la France comme le conseil municipal de Nantes ».

L'histoire pourrait s'arrêter là... Et l'on pourrait alors parler de nouveau "couac", mais ce n'est sans doute pas le cas...

Non, car le plus surprenant dans cette affaire, c'est que l'Elysée était parfaitement au courant de l'interview d'Arnaud Montebourg et de la teneur de ses propos, avant leur publication. Et qu'il n'a pas cherché à le dissuader… Dès lors, on peut s'interroger sur une sorte de répartition des rôles supervisée par l'Elysée… A Ayrault l'incarnation de la rigueur, la ligne sociale-réaliste et à Montebourg, la critique de cette même rigueur et un clin d'œil aux partenaires de la gauche du PS et à ses électeurs... Chacun finalement, est gagnant dans l'opération : Arnaud Montebourg retrouve de l'espace, sur l'aile gauche du gouvernement. Il fait d'une affaire morale, la chute de Cahuzac, un programme politique : profitons-en pour tourner la page de cette rigueur de gauche qu'incarnait l'ancien ministre du budget. Il en profite pour régler ses comptes avec son voisin de bureau, le ministre de l'économie Pierre Moscovici, avec qui les relations sont glaciales.

Et pour l'Elysée, c'est tout bénéfice également. François Hollande sait bien que son positionnement le coupe d'une partie de sa base électorale... La loi sur la flexi-sécurité qui vient d'être votée va sans doute laisser des traces, et il ne veut pas non plus voir le peuple de gauche manifester en masse contre lui, dans trois semaines, derrière Jean-Luc Mélenchon... Il faut donner des gages, montrer que Paris et Berlin, non, ce n'est pas bonnet blanc et blanc bonnet ; que le gouvernement n'est pas prisonnier d'une boîte à outils trop libérale. Et tant pis, si encore une fois, c'est le Premier ministre qui sert de punching ball.

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