Vous revenez ce matin sur la polémique ouverte par Marine le Pen à propos du Vel d‘hiv. La France n’était pas responsable, dit-elle…

Oui et cette affirmation a donné lieu à beaucoup de commentaires et de réactions, un peu pavloviennes s’agissant du nom Le Pen associé à la 2nde Guerre Mondiale. On a dit « Marine Le Pen tombe le masque et apparait révisionniste, comme de son père ». Mais en réalité il n’en est rien. Ou…presque rien ! Marine Le Pen n’a fait que défendre une thèse encore soutenue par beaucoup de monde à droite et à gauche jusqu’au tournant des années 2000. Une thèse qui était d’ailleurs officielle (sous Mitterrand compris) jusqu’en juillet 1995, date du magnifique discours de Jacques Chirac au Vel d‘hiv. Cette thèse prétendait que la France, entre juin 40 et aout 45 , était à Londres ou dans le maquis et que le gouvernement de Vichy n’était pas la France, mais une forfaiture, le simple bras armé de l’occupant. Cette théorie a été établie par le Général de Gaulle pour asseoir sa légitimité. Toutes les lois de Vichy ont été déclarées nulles et non avenues en vertu de cette idée, l’histoire officielle faisait alors du régime de Pétain une parenthèse d’illégalité. Vision sans doute politiquement nécessaire au lendemain de la guerre mais qui s’est avérée historiquement fausse.

Oui, elle n’a pas résisté au travail des historiens des années 70 et 80.

Non, bien sûr. Et une démocratie adulte doit accepter cette vérité : si l’histoire est faite par les peuples et leurs dirigeants, elle est, en revanche, écrite par les historiens. Et que ce soit un gaulliste, Jacques Chirac, 50 ans après la guerre, qui avalise la vision des historiens sans trop de drames, fut une preuve de maturité nationale et d’intelligence collective. Il est désormais indéniable et établi que l’administration française, commandée par des responsables à qui la dernière Assemblée de la IIIe République avait donné tous les pouvoirs … et bien c’était la France ! JM Le Pen niait ou minimisait les crimes de Pétain. Il a créé en 1972 le FN avec des antisémites, et anciens collaborationnistes actifs. Marine Le Pen ne veut plus entendre parler des origines sulfureuses de son parti mais elle est l’héritière de cette tradition et d’ailleurs, des intellectuels proches du FN, comme Eric Zemmour, estiment encore qu’au fond, le régime de Vichy a atténué le martyr des juifs français. Ce n’est donc pas étonnant, alors que par cette déclaration M.Le Pen voulait faire du gaullisme, qu’elle soit perçue, par beaucoup d’associations antiracistes et par ses concurrents, comme révisionniste. Pourtant son argumentation n’est pas révisionniste au sens où on l’entend d’habitude mais professe (et c’est une autre forme de révisionnisme) que l’histoire doit être interprétée en fonction de l’intérêt national ou pour un but politique, puisque qu’elle dit vouloir en finir avec l’esprit de repentance. C’est moins sulfureux politiquement qu’il n’y paraît. Plus stupide (et surtout faux) que scandaleux. Seulement, ce qui ressortira de cette polémique est que Marine le Pen minimise les crimes de la collaboration. Exactement le contraire de ce qu’elle a voulu dire. Elle aura donc été victime d’une simplification ! Et bien pour une fois le simplisme et la pensée réflexe ne lui sont pas favorables

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.