Travailler plus pour gagner plus... Le gouvernement continue de chercher de nouvelles idées pour appliquer le slogan de campagne de Nicolas Sarkozy. Déjà on va travailler plus longtemps. La question de l'allongement de la durée de cotisation est réglée, même pour ceux qui bénéficiaient de régimes spéciaux. 40 ans pour tout le monde, avant d'envisager un petit chouaïa en plus, on va y réfléchir dès l'an prochain. On peut aussi travailler plus, dans la semaine, grâce aux heures supplémentaires défiscalisées depuis juillet dernier. On peut travailler plus dans l'année, grâce au rachat des journées rtt. Alors que restait-il, pour encore gagner plus, ou en tout cas travailler plus ? Et bien travailler le dimanche ! Dernières heures échappant à l'activité et au consumérisme, dernière journée protégée par une vieille loi de 1906, qui instaurait le repos dominical comme une obligation pour les employeurs et un droit pour les employés, le dimanche subit de nouveaux coups de boutoir. Ce n'est pas la première fois. La forteresse dominicale a déjà été attaquée de toutes parts, avec de multiples dérogations, pour les hôpitaux - normal, la restauration, les magasins alimentaires, les magasins situés dans les zones touristiques qui ont droit à 5 dimanche par an... Demain, au Sénat, le gouvernement va glisser un amendement assouplissant encore les règles d'ouverture pour les magasins d'équipement. Amendement surnommé Ikéa/Conforama - ça permet de discerner qui ça concerne. Amendement limité certes, mais qui est un nouveau coin enfoncé dans le dogme du repos dominical. Et Nicolas Sarkozy a prévenu, il pourrait aller plus loin, il est favorable au travail le dimanche, sous conditions, le thème pourrait donc faire partie de l'agenda social 2008. Alors bonne ou mauvaise idée et les Français sont-ils prêts à l'accepter ? Et bien l'envie du consommateur est parfois contradictoire avec celle du travailleur. Si on demande aux Français s'ils souhaitent que les magasins ouvrent le dimanche, ils répondent majoritairement OUI. En revanche, veulent-ils, eux, travailler le dimanche ? Alors là, c'est NON, pour 53% d'après un sondage IFOP paru dans le dernier "Journal du Dimanche". Et l'argument pécuniaire n'y fait rien. Mais quand même, est-ce une bonne idée pour créer de l'emploi ? Là, le débat fait rage entre ceux qui affirment que l'ouverture dominicale crée un surcroît d'activité, donc de richesses et à terme sert la croissance ; et ceux qui, à l'inverse, estiment qu'il ne s'agirait que d'un transfert d'activité ; que pour dépenser plus, il faut gagner plus et qu'aller faire des courses le vendredi ou le dimanche ne change rien à l'affaire ; et qu'au final, c'est le petit commerce incapable d'ouvrir 7 jours sur 7 qui sera encore victime de la grande distribution. Polémique entre économistes donc, qui évacue de toute façon un point essentiel du débat : le libre choix du travailleur de renoncer à cette soupape dominicale. Tous ceux qui défendent le travail le dimanche, affirment que cette liberté est une condition essentielle, mais tous ceux qui travaillent dans les entreprises concernées savent bien qu'ils ont rarement le choix, cela s'appelle tout simplement le principe de subordination. Mais, avant de mettre à terre cette dernière citadelle du travailleur, si on réfléchissait un instant à ce que représente une journée préservée ? Une journée en famille ou entre amis, à faire du sport, se cultiver, rêver, se parler, ne rien faire... une journée sans acheter, une journée pour rien. Si on fixait une limite, une seule, au "travailler plus pour gagner plus", une journée étanche, pour qu'il n'y ait pas d'autres digues à sauter ? Economiquement, pas sûr que ça rapporte, mais socialement, c'est sûr, c'est profitable, même s'il n'y a aucun indicateur pour le démontrer !

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