Bernard Kouchner, le ministre des Affaires Etrangères, a déclaré hier dans « Le Parisien », qu’il avait eu « tort de demander un secrétariat d’Etat aux droits de l’homme ». Cette déclaration rappelle d’abord - à qui l’aurait oublié - l’une des règles de base de survie pour certains quidams politiques : « être fort avec les faibles et faible avec les forts ». Le Ministre des Affaires Etrangères sait appliquer cette élégante maxime mais il le fait de façon trop voyante et au mauvais moment, c'est-à-dire au moment où tout le monde sait que Nicolas Sarkozy se tient debout dans l’arène politique avec le pouce en bas à l’évocation de Rama Yade. Second constat. Rama Yade avait pris, dans le moindre de ses discours, l’habitude de multiplier les hommages au Président, tout ce qui marchait dans le monde c’était grâce à lui ! Des accents de groupies auxquels Nicolas Sarkozy s’était habitué. « Dis du bien de moi c’est ça qui est important ». Voilà le principal conseil que Nicolas Sarkozy prodiguait avant chaque grande émission de télé à celle qu’il présentait crânement a travers le monde comme sa Condi Rice. Il est une autre règle en politique que Rama Yade vient d’apprendre à ses dépens : trop de flatteries sonnent ridicules aux oreilles de tous sauf à celles du flatté ! Et quand la flatterie s’arrête le flatté se fâche. Un secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme sert-il à quelque chose ? Au regard des promesses de campagne oui, au regard de la politique menée, effectivement non. L’année dernière, exactement à la même époque, quand Rama Yade avait rué dans les brancards (finalement c’est la seule fois) au moment de la venue du colonel Kadhafi, il est apparu évident qu’elle servait à quelque chose - sans doute pas du point de vue de Bernard Kouchner, qui n’a rien dit à ce moment là, mais du point de vue de l’opinion, surtout lorsque l’on a constaté la façon dont se déroulait cette visite cauchemar ! Alors effectivement, l’affirmation du ministre des affaires étrangères sonne comme un constat cynique, un étonnement devant tant de naïveté. Il semble nous dire presque en nous plaignant « ha bon vous aviez cru aux promesses du candidat sur les droits de l’homme et la diplomatie ? » Promesse faite, notamment, lors d’un discours le 24 avril 2007. Avant de rappeler la promesse, répètons la phrase, non pas d’Henri Kissinger ou de Machiavel mais de Bernard Kouchner pour bien apprécier le contraste : « Il y a une contradiction permanente entre les droits de l’homme et la diplomatie ». Et voilà, se disait le candidat Sarkozy : « Je veux être le Président des Droits de l’Homme, je ne crois pas en la realpolitik. » Le Président promettait, entre autres, une rupture avec la politique, dite de Françafrique, conduite par ses prédécesseurs. Sur ce sujet, comme sur l’ensemble des sujets concernant les Droits de l’Homme, Nicolas Sarkozy mène finalement peu ou prou la même politique que François Mitterrand ou Jacques Chirac, une politique qui défend tant que faire se peu les Droits de l’Homme dans le cadre d’une diplomatie naturellement tournée, d’abord, sur la défense des intérêts de la France. C’est peut-être d’ailleurs la seule possible, c’est un autre débat, mais ce n’est pas celle qui correspond aux promesses et à l’image que l’on a spontanément de la part d’un gouvernement dans lequel il y a un ministre des Affaires Etrangères, qui s’appelle Bernard Kouchner, qui a inventé le droit d’ingérence et le devoir d’indignation ! Ce débat sur l’utilité d’un secrétariat aux Droits de l’Homme n’existerait pas si Rama Yade ne s’était pas opposée, non pas à une politique trop cynique, mais à une proposition de carrière qui ne lui convenait pas ! C’est peut-être aussi l’occasion de rappeler une incongruité devenue si banale qu’elle ne choque plus, mais si nous n’étions pas sous le règne de la Cinquième République Bananière, mais sous celui de la cinquième République tout court, ce ne serait pas au Président de tous les Français de composer la liste UMP Ile-de-France pour les Européennes mais aux instances de ce parti.

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