Au vu des résultats des élections législatives partielles de ce week-end, une question s’impose : pourquoi les commentateurs politiques se trompent-ils tout le temps ?

Parce que le flot continu d’eau tiède de tout ce qui se dit, toute la journée, sur les chaînes tout info mais aussi sur nos radios et à longueur de colonnes n’est pas du commentaire de la matière politique mais c’est de la description de stratégie, du commentaire hippique. Du coup, on a tendance à confondre l’ambiance politicienne avec l’ambiance politique du pays. Si l’on considère la teneur moyenne de ce qui se dit dans les médias sur la vie politique, on est plus proche, collectivement, d’un Léon Zitrone à Longchamp que d’un René Rémond à Sciences Po. Les sondages comme sources d’analyse et le poids des théories de communication politique ont remplacé l’explication des débats idéologiques. Depuis la mort des grandes utopies du XXème siècle (qu’il ne s’agit pas non plus de regretter) le débat politique est devenu une controverse économique anxiogène, infestée de chiffres et de statistiques froides. Alors on lui préfère l’épopée de la conquête du pouvoir. Nous réduisons notre rôle à celui de commentateurs. C’est d’ailleurs le terme assez déplaisant qu’ont réussi à imposer les politiques pour parler de nous. Et quand on commente une action en direct, on tente de la rendre spectaculaire. On est bon dans le présent, dans le « live-politique », on trouve toujours à reconstruire des logiques imparables -c’est ce que je suis en train de faire- pour expliquer le passé immédiat (c’est ce que l’on appelle la post-rationalisation) mais on est absolument nul pour prévoir l’avenir, ne serait-ce que celui du lendemain.

Pourtant, c’est votre métier normalement !

Normalement non mais ça l’est devenu…et on ne sait absolument pas le faire, tout simplement parce que c’est infaisable. Alors on se trompe en cœur. Et ça n’a rien à voir avec une prétendue déconnexion de la réalité. Nous, commentateurs politiques, qui passons dix heures par jour sur cette matière n’avons pas plus (ni moins) de chances de prédire un résultat électoral que n’importe quel commentateur de comptoir, qui, après avoir jeté un coup d’œil à la télé, sur les questions au gouvernement, affirmera, péremptoire, que dimanche prochain, Marine Le Pen va faire un carton et que l’UMP est dans la nasse. Mais les journalistes politiques ne sont pas les seuls en cause! Ces derniers jours, je peux vous dire que c’était la panique à l’UMP. Tous les responsables de ce parti prédisaient une déroute, forts des remontées de terrain. Ils pensaient que les électeurs habituels de l’UMP resteraient chez eux pour punir Copé et Fillon de leur crise d’ados. Au FN, on se frottait les mains, on se léchait les babines avant le banquet. Au PS, pour le coup, on ne se faisait pas d’illusion quand à ces trois circonscriptions traditionnellement à droite, imprenables en dehors d’un contexte de victoire générale. Les sondeurs, toujours accusés, ne sont pas en cause, ils n’ont pas publié de sondages sur ces partielles. Les résultats de dimanche prouvent simplement que les électeurs se mobilisent en fonction du lourd, de la situation économique et sociale plus que sur l’écume politicienne des choses, par exemple, à la tête de l’UMP. En fait, c’est tout l’intérêt de la politique et de la démocratie. Particulièrement de la démocratie en France, ce pays si politique, au corps électoral indomptable. On ne peut pas prévoir rationnellement la réaction d’un peuple libre… Et c’est tant mieux.

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