Qu’est-ce que la droite de Laurent Wauquiez ?

C’est une droite de repli. C’est sous ce vocable « repli » que les tenants de la droite modérée et libérale, classe le Wauquierisme naissant… Dans leur bouche c’est une critique. Mais, en réalité, le repli est le terme, clinique et froid qui convient le mieux. Il est tactique et idéologique. Depuis le début de la compétition pour la tête de LR Laurent Wauquiez ne s’adresse qu’a une partie identifiée de ce que l’on peut appeler le peuple de droite… Il a décidé de faire campagne en fustigeant la population des grandes villes. Il s’est présenté comme le défenseur du monde rural, ou du monde péri-urbain, de la France des clochers, des bourgs, qu’il oppose à la France des métropoles déracinées. Wauquiez estimait que pour gagner dès le 1er tour, il fallait faire un tri sociologique, réduire le champ de son discours, le concentrer sur ce que pensent les seuls militants LR les plus durs… la moitié d’entre eux seulement a voté hier. Un petit, tout petit groupe de français socialement typés, principalement composé des retraités de villes moyennes. Les salles de meeting de cette élection ressemblaient plus à un réfectoire des Hespérides qu’a un échantillon représentatif de l’électeur de droite. Ce repli, qui consistait, à fustiger Paris, les citadins,  a permis à Laurent Wauquiez de faire un carton dans sa toute petite mais suffisante cible. Il vient de se payer une élection de maréchal sur un confetti, abusivement présentée en « majorité silencieuse ». Quand il fallait viser beaucoup plus large, lors de la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy avait fait une campagne, en tous points identique : droitière, identitaire, anti-citadine, anti-élite. 

Et il fut éliminé dès le 1er tour de la primaire 

Oui, l’ancien président avait confondu « électorat de droite » et noyau dur militant du parti. Le discours inadapté de Sarkozy pour toute la droite s’est avéré efficace (avec Wauquiez) pour les quelques dizaines de milliers de militants LR. Mais maintenant qu’il est en position d’incarner une alternative, il va lui falloir parler à une portion beaucoup plus large de la population. Pour ce faire, certains à droite espèrent que Laurent Wauquiez va se recentrer. Ils se trompent. Il suffisait d’écouter son discours hier soir : Aucun signe de recentrage. Recentrage qu’il qualifie d’ailleurs de «petits renoncements». Le temps des discours circonstanciés, spécifiques et successifs, pour gagner le parti, puis le pouvoir, puis gouverner… est révolu. Laurent Wauquiez le sait. Pour rester cohérent il lui faudra continuer sur son registre dur et très à droite. Ça tombe bien : son champ de progression ne se trouve pas au centre droit (bien occupé par Emmanuel Macron avec sa large position centrale) mais vers la sphère électorale du FN. En effet, les électeurs du parti de Marine Le Pen peuvent être troublés par la médiocrité, le flottement des cadres du parti d’extrême droite. Laurent Wauquiez veut les ramener dans le droit chemin : le sien ! Le Wauquierisme, comme base de repli tactique et idéologique, près à gober la proie FN, peut être efficace. Pour ce qui sera très vite de la cohérence programmatique, sur l’Europe et économique et le social… Le wauquierisme pourrait s’avérer beaucoup plus bancal.

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