Hier, vous parliez de trois domaines sur lesquels le président était attendu… alors ?

Oui, justice sociale, style présidentiel et institutions. Avant cela, il faut souligner le niveau de dramatisation sur lequel le président se plaçait. Niveau historique «nous ne reprendrons plus le cours normal de nos vies» dit-il. Prenons les 3 réponses dans l'ordre. Pouvoir d’achat. L’augmentation du Smic de 100 euros (en grande partie par l’accélération de la hausse de la prime d’activité). C’est une surprise qui parlera à tout le monde : l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraites inférieures à 2000 euros (le poison le plus ancien du quinquennat)… clairement un recul. Et la défiscalisation et désocialisation des heures sup’. Trois mesures claires. Si l’on y ajoute le recul sur la surtaxe des carburants, on constate que les gilets jaunes (qui pour la plupart exècrent Emmanuel Macron, et ne s’en contenteront pas) ont, en réalité, obtenu d’impressionnantes concessions! Ces mesures redonneront du pouvoir d’achat mais il n’y a rien sur la redistribution. Pas d’annonce pour ponctionner les hauts revenus. Le sentiment d’injustice ne sera pas apaisé. L’éventuelle refonte de la fiscalité, y compris dans sa dimension écologique (sans doute la grande perdante hier), est ajoutée à la longue liste des courses de la fameuse consultation de terrain prévue. Deuxième réponse, le style de présidence. L’acte de contrition a été fait. A minima mais fait. Emmanuel Macron a reconnu que ses mots ont pu blesser et choquer. Même si c’est à l’usage que l’on juge de la réalité d’un mea culpa...

Enfin les domaines institutionnels et politiques.

Politique d’abord… puisqu’on ne change pas de cap mais simplement de braquet et de style, il n’y a pas de changement de premier ministre ni de retour  aux urnes (dissolution ou référendum). Le président balaie le débat sur sa légitimité. Il apparaît néanmoins affaibli  d’avoir cédé, quoi qu’il en dise, devant la violence. Personne ne va le lui reprocher mais c’est un fait ! Pour ce qui est institutionnel… les annonces sont vagues et renvoyées à ce débat national dont les contours restent à définir. Il évoque une dose de proportionnelle et suggère l’anecdotique mais populaire reconnaissance du vote blanc. Le principal enseignement de ces derniers jours, c’est le retour des corps intermédiaires, des syndicats et surtout des maires. Les maires, derniers élus qui gardent la confiance des Français. Il n’est pas absurde de s’appuyer sur eux. Comment donner du contenu à l’horizontalité affirmée et créer enfin le nouveau girondisme théorisé pendant la campagne ? Nous aurons la réponse dans les trois mois qui viennent en jugeant de la sincérité et de l’efficacité de la consultation qui s’ouvre. Le discours d’hier, qui contient quand même de vraies réponses, visait (après les tentatives infructueuses du premier ministre avec ses annonces sur le prix du carburant) visait à dissocier les Français des gilets jaunes. Si ça ne marche pas, il restera les solutions de chirurgie de guerre politique classiques : changement de premier ministre, référendum, dissolution… nous n’y sommes pas. C’est la dynamique et la popularité du mouvement des gilets jaunes qui en décidera… et dira, en réalité, si le président est encore président c'est dire s'il est encore capable de peser sur le destin du pays.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.