Ces journées de galère dans les transports traduisent les effets de décennies d’absence de politique d’urbanisme.

La grève et la galère dans les transports soulignent l'absence de politique d'aménagement du territoire
La grève et la galère dans les transports soulignent l'absence de politique d'aménagement du territoire © AFP / AMAURY CORNU / HANS LUCAS

Particulièrement pour l’agglomération parisienne… 12 millions d’habitants, 1/6e de la population française, 30% de la richesse nationale pour la première région économique d’Europe. Hyper concentration, donc et aussi "archipelisation", pour reprendre le mot du sondeur de Jérôme Fourquet, à propos du détricotage du tissu social et de la communautarisation

"Archipelisation" convient à la situation de l’urbanisme en France telle qu’elle nous apparait à chaque grande grève dans les transports publics. Les territoires urbains ont été morcelés, spécialisé, zonés… Le mode de transport ne s’est pas adapté aux besoins de la population… C’est l’économie qui a utilisé les capacités accrues de la mobilité pour organiser le territoire à son gré. Il n’y a plus de ministre de l’Aménagement du territoire avec un vrai poids politique et un rang important au gouvernement comme les Schuman, Lecanuet, Rocard ou Defferre dans les années 1960, 1970 et 1980. 

La quasi disparition de la politique d’aménagement du territoire a laissé le champ libre aux impératifs édictés par le monde économique qui a imposé le zonage et la spécialisation des territoires autours des villes : zones commerciales, zones industrielles, quartiers d’affaires… Les habitants aussi sont séparés par le marché, répartis dans des quartiers socialement de plus en plus déterminés : ghettos de riches et ghettos de pauvres pour un accroissement de l’inégalité spatiale. 

La gentrification, cette guerre de classes géographiques, a éloigné les classes moyennes et populaires de leurs lieux de travail. A Paris et autour, ça devient caricatural ! Les emplois sont à l’ouest, les cadres les mieux lotis aussi, les logements sont à l’est et les transports en commun permettent une immense et souvent chaotique transhumance est/ouest et retour quotidienne. Dans les villes moyennes, c’est le zonage par activité qui piège toute une population dans l’utilisation obligatoire de la voiture. La grève des transports nous montre que l’urbanisme, l’aménagement du territoire, devrait être au cœur de nos débats.

Et ils ne le sont pas…

Non, pourtant les thèmes qui font, eux, la une (sécurité, stress au travail, transport, environnement, immigration, mixité sociale et scolaire) sont directement liés au thème transversal de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. Quelles sont les propositions des grands partis sur ces questions ? Elles existent mais ne sont jamais mises en avant, trop complexes, pas assez partisanes pour alimenter le show polémique de notre débat politique. Mais, à négliger ce sujet, les excès du capitalisme (que tout le monde pointe à tout propos) s’en chargent. Les grandes surfaces écrasent les agriculteurs et assèchent les centre-villes, le e-commerce anonymisant y trouve son compte, l’économie poussent à l’hyperspécialisation de nos territoires, leur étalement. Prenons n’importe quel problème qui fait la Une régulièrement : sécurité, prix de l’essence, éducation, santé, pollution, burn-out... la plupart de ces sujets trouveraient une partie de leur solution dans une vraie politique d’aménagement du territoire équilibrée et volontaire. La grève nous le démontre par l’absurde… 

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