Le climat social se dégrade et le gouvernement a de sérieuses difficultés. Au-delà des répercutions de la crise et des découvertes quotidiennes de ses effets (hier c’était la chute historique de la production industrielle), il y a une impression, depuis quelques jours, de flottement au gouvernement : il suffit de faire un petit tour rapide de la situation ministre par ministre. Yves Jégo, le secrétaire d’Etat chargé des DOM-TOM, est sommé de retourner aux Antilles, affublé de deux médiateurs. La façon dont il a géré la crise ne convient pas au premier ministre et au Président. Jégo avait promis que l’Etat participerait au rattrapage des salaires dans le privé. Ce ne sera pas le cas. Il est donc désavoué et ce sont les deux médiateurs, hauts fonctionnaires, qui seront à la manœuvre et représenteront l’Etat ! Christine Lagarde et Luc Chatel ont présenté un plan, ou plutôt un chèque, pour sauver l’industrie automobile. Ce plan est contesté en Europe et notamment en Allemagne où l’on considère que les aides publiques aux marques françaises et les déclarations du Président critiquant l’implantation d’usines dans certains pays d’Europe, constituent une forme de protectionnisme. Même si l’on examine la situation de bien des membres du gouvernement qui ne sont pas directement concernés par la crise, on s’aperçoit que les capacités de l’équipe sont sérieusement diminuées : Valérie Pécresse n’a pas réussi à calmer la colère des chercheurs, rejoints par les étudiants, on lui colle aussi un médiateur. Bernard Kouchner est affaibli par les révélations contenues dans le livre de Pierre Péan ; Rachida Dati en disgrâce et va perdre son fauteuil à la justice en pleine élaboration de la loi carcérale ; Rama Yade n’a plus le droit de parler des droits de l’homme que si ça ne fâche personne, autant dire qu’elle n’a plus le droit de parler des droits de l’homme ; Bernard Laporte, secrétaire d’Etat aux seuls sports, n’a plus le droit de parler du tout! La colère gronde dans le monde hospitalier contre la réforme présentée par madame Bachelot - bientôt un médiateur ? Michelle Alliot-Marie a été obligée de sanctionner le préfet de Saint-Lô et le chef de la police pour des raisons que seul le Président a comprises ! Et le comble : le Président parle à la télévision dans des conditions bien sécurisées et choisies par lui-même et les enquêtes d’opinion montrent qu’il n’a pas renversé la tendance plutôt tournée vers la défiance. Comment expliquer cette impression de cafouillage à la tête de l’Etat ? La crise, bien sûr, crée des situations difficiles à gérer et crée aussi une crispation générale même pour discuter des réformes qui ne sont pas directement liées à la conjoncture économique. Mais, nous atteignons sans doute aussi les limites du mode de gouvernance auto-centrée choisi par le président pour la première partie de son quinquennat. Cette façon de prendre en main toutes les manettes de l’action de l’exécutif, la fameuse hyper action du président, est peut-être une bonne méthode pour réformer, sur terrain plat, dans la foulée de l’élection présidentielle. Mais par temps de crise et sur la longueur, ça ne tient plus. On a beaucoup décrit ce mode de fonctionnement qui réduit le gouvernement à une équipe dont le principal objet est de constituer un casting de la diversité ou de l’ouverture, un affichage politique, alors que les vrais acteurs seraient les conseillers de l’Elysée. Alors au moment ou ça se complique sur le terrain, où les tensions se multiplient, les ministres n’ont plus le poids et la légitimité auprès des acteurs sociaux avec qui ils doivent pourtant s’entendre pour faire accepter leur réforme. Du coup, on les affuble de médiateurs. Les ministres deviennent les maillons faibles avec, d’un côté, les tous puissants conseillers de l’Elysée et de l’autre, des médiateurs. On parle beaucoup, en ce moment a l’Elysée de la nécessaire représidentialisation du président, il serait peut-être aussi utile de lancer une opération de « reministrisation » des ministres !

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