Vous avez regardé l’émission du président de la République, hier soir sur TF1...Pour bien comprendre le but de cette émission, il faut regarder la Une du Figaro de ce matin. Une « Une » qui était prête avant la fin de l’émission. Le titre c’est « Sarkozy : réformer pour protéger ». Il se trouve que ce thème de la protection est le thème général, la matrice qui a été choisie par les stratèges de l’Elysée pour la prochaine campagne présidentielle. Après le président du mouvement et de la rupture de 2007, c’est le « président protecteur » pour 2012. Le Figaro c’est assez pratique : il nous suffit de regarder la Une pour savoir ce que l’Elysée a voulu faire passer comme message, à l’état pur. On a les éléments de langage sans filtres. Mais en dehors de ce constat, finalement il n’y a pas grand-chose à retenir de cette émission. Ça a commencé par la sécurité, pendant plus d’une demi-heure et le président a répété ce qu’il dit maintenant depuis 2002 sur ce sujet, mais avec moins d’efficacité parce que ça commence quand même à se voir qu’après huit ans, il n’est pas étranger au bilan. Ce n’est pas seulement la forme de l’émission qui est en cause -une aberration journalistique, sans contradiction- parce que finalement la même émission, l’année dernière avait été plus intéressante, surprenante et même informative. Mais cette fois-ci, ça tombait à plat et ça paraissait très long ! Pourquoi ?D’abord parce que c’était très long : 2H30 d'émission! Et puis sans doute parce que ce n’était pas l’occasion d’annonces particulières (hormis les jurés en correctionnelle ou un retour aux emplois aidés, peut être), il ne s’agissait pas de marquer une étape, un changement de cap ou d’accompagner un événement important mais simplement de reconnecter Nicolas Sarkozy avec l’opinion. En réalité, le président s’est montré commentateur des tranches de vies qui lui étaient présentées mais on restait sur notre faim parce que, bien sûr, pour ne pas promettre à tort et à travers comme l’année dernière, pour ne pas dire « je viendrai dans votre exploitation » ou « le chômage va baisser », le président restait dans des généralités. En réalité -et c’est ça le cœur du problème- c’est Nicolas Sarkozy qui avait besoin de cette émission et non pas les Français. Nicolas Sarkozy en panne dans les sondages avait une stratégie (le président protecteur) et un besoin : le faire savoir. Mais il y a deux règles principales en communication politique. Pour conquérir le pouvoir, il faut être à l’origine de l’actualité politique, susciter les débats et donc apparaître le plus souvent possible au centre de cette actualité. Nicolas Sarkozy a très bien su pratiquer cet art jusqu’en 2007. Il a conquis le pouvoir par cette méthode que les Américains appellent le "prop-agenda", la propagande par la maîtrise de l’agenda politique. Mais il existe une règle contraire, beaucoup plus adaptée à ceux qui ont déjà le pouvoir, et à fortiori à celui qui est à la tête du pouvoir. Pour le garder il ne faut parler que lorsque l’on a quelque chose à dire. Jacques Pilhan, le stratège de François Mitterrand et de Jacques Chirac, avait théorisé la nécessaire rareté de la parole présidentielle. Le président doit rester exceptionnel et ne parler que pour répondre à une attente forte. Or hier, c’est lui qui avait besoin de l’opinion et pas l’inverse. L’exceptionnel, l’historique, il se déroulait ailleurs dans l’actualité, en Egypte. L’ « histoire en marche » pour reprendre le mot de Barack Obama est venue cruellement souligner le caractère totalement artificiel, déphasé, en fait inutile de l’émission d’hier.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.