Vous avez suivi le discours de Pierre Laurent, hier au 36ème congrès du Parti communiste français.

Oui, et ce congrès s’est tenu au moment même où, pour la première fois, l’Union Européenne se votait un budget en diminution et au moment où monte, à la gauche du PS, une contestation de fond, alors que François Hollande assume pleinement son identité sociale-démocrate. Les deux gauches, la gauche au pouvoir, et la gauche communiste semblent, plus que jamais, se situer sur des trajectoires divergentes. Le discours de Pierre Laurent avait pour lui l’avantage de la cohérence. Ce que dit le secrétaire national du PCF ressemble à ce que disait le candidat du Front de Gauche à l’élection présidentielle. Ce qui n’est pas tout à fait le cas du Président de la République. Ce que dit, et fait, le président Hollande, en matière de compétitivité, de politique budgétaire et de politique européenne, ne correspond pas exactement à la petite musique du candidat Hollande de mai dernier. La grande différence entre Jean-Luc Mélenchon et François Hollande c’est que l’un a perdu les élections et que l’autre les a gagnées. Pierre Laurent peut donc continuer à parler comme Jean-Luc Mélenchon… François Hollande ne doit plus se contenter de dire… il doit aussi faire puisqu’il est au pouvoir. On comprend, dès lors, pourquoi les communistes n’ont pas voulu entrer au gouvernement. Ça leur permet de rester cohérents. On reste cohérent à ne pas exercer le pouvoir… ce qui n’excuse pas la relative incohérence entre le candidat socialiste et le président socialiste.

Est-ce pour autant, que le PC se situe dans l’opposition?

C’est assez compliqué à déterminer. Pierre Laurent a prononcé une drôle de phrase à ce sujet hier : « nous ne sommes pas cantonnés dans l’opposition ». Quand on dit qu’on « n’est pas cantonné quelque part » c’est déjà qu’on y est ! Vous-vous souvenez du « soutien sans participation » des communistes en 1936 ? Là, Pierre Laurent invente « l’opposition sans conséquence ». Les communistes sont foncièrement opposés à la politique menée. Ils peuvent s’y opposer par des mots, éventuellement par la rue, ils peuvent voter contre certaines réformes. Ils ont la chance paradoxale de ne pas mettre en péril la majorité tout en s’y opposant ! Au Parlement, ils ne sont charnières qu’au Sénat, ce qui n’est pas décisif. Heureusement pour le PC, la majorité à l’Assemblée ne dépend pas de ses députés. Ils n’ont donc pas à affronter la contradiction qu’il y aurait à bloquer la majorité au Parlement tout en profitant de la mécanique de l’union de la gauche aux élections locales. Mécanique, intellectuellement moyennement honnête mais électoralement rentable, qui permettra au PC de rester un parti municipal en 2014. Cette situation, donne du temps au Front de Gauche pour de tenter de se moderniser. Le discours de Pierre Laurent hier était rempli d’appels à « un communisme de nouvelle génération » (c’est d’ailleurs le titre de L’Huma ce matin). Nous « sommes condamnés à l’audace » dit même le secrétaire national du parti qui vient d’abandonner la faucille et le marteau pour devenir, je cite : « un parti branché, connecté, pas congelé ». Ces appels montrent que le PC se cherche encore idéologiquement. Sa situation actuelle, ultra privilégiée, qui le place à la fois du côté des vainqueurs de 2012, sans avoir à supporter le poids du pouvoir, doit être mise à profit pour exercer une vraie refondation idéologique, sortir du tout protestataire, faire des choix (par exemple entre productivisme et écologie). Travail qui reste à faire.

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