Ce soir, Marine le Pen et Gerald Darmanin débattent sur France 2. Avec pour thème ... la loi dite ´séparatisme’

 Marine Le Pen voudra certainement tenter d’effacer le souvenir du désastreux duel télévisé de l’entre deux tours de 2017. Mais plus intéressant, effectivement, nous aurons ce soir, face à face, deux conceptions de la laïcité. L’histoire des idées et des mots qui les portent ont parfois des parcours surprenants. Nous aurons donc un ministre de l’intérieur de droite (il s’en revendique toujours) et la représentante de l’extrême-droite qui se disputeront le vrai morceau de la vraie croix de saint Aristide Briant (socialiste !), père fondateur de la laïcité moderne… Il faut dire que cette fois-ci, il ne s’agit plus de cantonner la religion des dominants mais de restreindre le dévoiement de celle des dominés. La laïcité de Marine Le Pen est toute neuve et opportune. La tradition dont est issue sa famille naturelle et politique est anti-laïque. Jean-Marie Le Pen, admirateur des Chouans et de Pétain, voyait la France en fille ainée de l’église. Marine Le Pen aussi jusqu’au virage républicano-autoritaire sous l’impulsion de Florian Philippot. Aujourd’hui une laïcité identitaire (un oxymore) anti musulmane, c’est-à-dire à cent lieues de l’esprit de Briant, permet à Marine Le Pen de rompre, en apparence, au moins, avec la culture antirépublicaine de son père, verrou, pensait-elle, de la porte du pouvoir. Ce soir, elle fustigera avec des accents laïcs paradoxaux le texte intitulé Loi confortant les principes républicains… Qui ne ciblerait pas assez spécifiquement l’islam.  

 Face à elle, Gérald Darmanin représente une autre laïcité ?

  Sans doute. Gérald Darmanin, qui dans sa jeunesse, a fréquenté furtivement l’Action Française et une droite catholique quasi intégriste (celle du député très conservateur Christian Vannest dont il a été proche) a vite opéré un virage gaulliste social avec Xavier Bertrand. ‘Petit Français de sang mêlé’, expression pour lui-même qu’il reprend de Nicolas Sarkozy, Gerald Darmanin a finalement embrassé les valeurs de la République dont il connait parfaitement l’histoire. Il développe maintenant un discours laïc très classique. Mais son sarkozysme, pendant le débat de 2010 sur l’identité française (voulu par le président d’alors),  singeait parfois le Front National pour tenter de le dépouiller. Ces dernières années, alors que la laïcité est appelée à la rescousse pour combattre l’islamisme, il y a une tension, à droite, entre la laïcité universaliste (la vraie laïcité, celle de 1905) et, donc, son dévoiement, la  laïcité identitaire. Comme l’islamisme est un dévoiement de l’islam. Ce soir, il sera intéressant de voir (et ça dépend surtout de Gerald Darmanin) si nous allons assister à un affrontement de nature, entre la vraie laïcité, l’universaliste et son dévoiement, l’identitariste… ou si nous assisterons à un affrontement de degrés entre deux identitarismes, l’un soft, l’autre hard… Tous les amoureux de la laïcité qui ont encore en tête –même confusément- l’état d’esprit d’Aristide Briant et de son texte (modèle d’équilibre et de raison) vont regarder ce débat avec une curiosité, pour le moins… inquiète.   

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