Fin de la séquence des voeux pour Jacques Chirac aujourd'hui. Comme le veut la tradition, le président termine par ses voeux à la presse. Mais qui va payer les petits fours à l'Elysée ? Question anecdotique et saugrenue ? Pas tant que ça... Figurez-vous que cette question relève quasiment du secret d'état. Car savez-vous quel est le budget de l'Elysée ? Non ? Mais ce qui est plus ennuyeux, c'est que tenter de le savoir c'est s'astreindre à mener une enquête quasi policière sur le sujet... et c'est l'objet du livre d'un député socialiste René Dosière, "L'argent caché de l'Elysée" paru au Seuil; ce parlementaire de l'Aisne tente de faire la lumière sur ce secret mieux gardé dit-il qu'un coffre fort suisse. Son propos est intéressant à 2 égards. D'abord parce que l'ouvrage raconte l'acharnement dont il a dû faire preuve pour lever un coin du voile. Il a commencé à s'intéresser à la question il y a 5 ans, sous Jospin donc, et il n'a pas été plus aidé par ses amis que par ses adversaires. Questions orales, écrites, harcèlement textuel auprès des premiers ministres en poste pour avoir les infos... Il en posera 95 au total, sur le traitement du président, le nombre de voitures à l'Elysée (61... et 7 scooters). Dosière affirme faire juste son boulot de "parlementaire", dont l'une des missions rappelle-t-il est de "contrôler" le bon usage qui est fait de l'argent public. Autre intérêt du livre, ce qu'on y découvre sur l'Elysée. Le montant de son budget, entre la dotation officielle, et la participation des ministères, Dosière compare ce budget à un iceberg, 1/3 visible, 2/3 en dessous, le tour de passe-passe pour obtenir une rallonge ni vu ni connu. Par exemple en 2000, le parlement vote 59 millions d'euros de dotation, mais rajoutera en cours d'année 41 millions. Le député socialiste avance des chiffres qui montrent l'évolution vertigineuse du budget élyséen, +798% depuis 1995. Il explique qui paie quoi; les drôles de pratique; les fonds spéciaux et les valises de billets pour payer la réception du 14 juillet... C'est fini, mais il y a toujours des emplois fictifs officiels à l'Elysée; par exemple 24 employés de la mairie de Paris sont "prêtés" au château. Sur le président de la République; figurez-vous qu'aucun texte ne fixe son traitement, lui seul en décide. En l'occurence, il touche moins que le premier ministre, 6500 euros bruts par mois... une misère... Mais sachez qu'il n'y a aucune distinction entre ses activités publiques et privées. Son logement, sa cuisine, ses vacances ou ses déplacements officiels. Ainsi d'ailleurs que ceux de son épouse, ou de sa seconde famille, c'est arrivé, sont réglés par le budget élyséen. Si ce livre est aujourd'hui de salubrité civique, c'est parce qu'il montre qu'il ne serait pas si compliqué de sortir de notre "république bananière", pour aller vers un "président citoyen". Présenter un vrai budget au parlement, distinguer les dépenses privées et publiques, fixer par la loi la rémunération du président. D'autres grandes démocraties fonctionnent ainsi. Avant leur élection en France, tous les candidats promettent l'Etat modeste. Une fois installés au château, ils prennent tous de bien mauvaises habitudes. Si en 2007, les adeptes du changement et de la rupture s'engageaient au moins sur une certaine "transparence", à défaut d'humilité, ils feraient déjà beaucoup.

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