Hier, toute la journée, le monde politique et les médias ont commenté, analysé un projet qui n’était, visiblement, pas encore arrêté : la réforme du quotient familial proposé par François Hollande.

Oui, une mesure pas encore annoncée par son promoteur, François Hollande, mais déjà dénoncée comme étant une folie par le Président de la république lui-même. En matière de publicité gratuite, François Hollande a fait presque aussi fort, que Xavier Niel, avec son offre Free, que plus personne n’ignore. Nous sommes passés, dans la seule journée d’hier par tous les stades de la vie d’une bonne polémique qui hystérise le débat politique sans éclairer grand-chose. Pour bien comprendre comment ça marche je vais faire comme Philippe Lefébure, je vais vous raconter mes coups de fils. J’étais au téléphone avec Michel Sapin pour qu’il me précise l’affaire. Il m’expliquait qu’ils voulaient supprimer, en partie au moins, le quotient familial… Mais, au même moment François Hollande twittait qu’il voulait juste le moduler…tout se passait comme si personne ne pouvait simplement attendre une dizaine de jours que François Hollande présente tout simplement son projet. Après tout ce n’est pas le candidat qui a sorti l’information mais le journal Les Echos . Mais toute la journée d’hier, Hollande a été sommé par la presse et l’UMP de confirmer, démentir, préciser une mesure, visiblement en cours d’élaboration. Nous avons eu, en 24 heures, un exemple parfait de ce que l’on pressent pour cette campagne qui se met en route comme une essoreuse à idées, concepts et projets.

Qui est responsable de ce rythme étourdissant ?

Alors on nous dit beaucoup, à nous les médias : « vous vous soumettez aux rythmes des responsables politiques qui occupent le terrain par une sorte de tapie de bombes d’annonces, souvent choc ». Les médias seraient donc le jouet de politiciens cyniques. On peut soutenir aussi l’inverse. Les médias pressent les responsables pour qu’ils agissent, réagissent, au rythme, non pas de la nécessité, mais à celui des besoins de l’industrie de l’information. Nous revivons, en ce début de campagne, l’histoire de ce quinquennat fait d’annonces successives, spectaculaires et souvent d’une durée de vie très courte mais créatrices d’actualité politique brûlante. En réalité, ce quinquennat a créé plus d’actualité politique que de politique. Le déséquilibre est immense. Refaire la liste des polémiques vaines et sans suite depuis 2007, de la lettre de Guy Môquet a la taxe Tobin, c’est risquer le tournis. L’industrie de l’information s’en repaît, mais le résultat n’est pas flatteur pour l’état du débat démocratique. Finalement Nicolas Sarkozy pensait réussir à imposer son rythme frénétique, mais en réalité il a plié, il s’est soumis et a soumis le rythme de la politique à celui des médias. Or les médias dévorent et en demandent toujours plus, toujours plus vite quand la politique, l’action de gouverner devrait être patiente, faite d’expertises, de consultations, de négociations puis de décisions. Aujourd’hui, il est dans ce tourbillon, il doit l’alimenter, le nourrir… et François Hollande n’a pas encore trouver la force ou la volonté d’y résister. Il est aussi emporté dans ce mouvement que plus personne ne contrôle. La célèbre phrase de François Mitterrand que l’on cite à tord et à travers prend là tout sons sens : « donner du temps au temps ». Tiens, voilà au moins un domaine pour lequel tous les candidats, pour le coup, devraient s’inspirer de François Mitterrand.

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