Vous revenez sur une phrase de M.Valls, samedi à propos des Français qui versent dans le terrorisme.

Le Premier ministre a dit ceci « Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser . » M.Valls veut, sans doute par là, démontrer qu’il est un homme d’autorité. Il veut lutter contre le sentiment d’impuissance en matière de terrorisme et combat l’impression, répandue –vu l’écho du discours du FN- selon laquelle, l’exécutif et la justice font preuve de trop de compréhension et de laxisme. Face à l’ampleur et la sauvagerie des attentats, il faudrait donc revenir à une certaine intransigeance. Mais M.Valls, tout à son souci de réaffirmer l’autorité de l’Etat, en arrive à confondre compréhension et excuse. Il faut dire que cette confusion existe parfois et aboutit à ce qu’une partie de la gauche baisse la garde idéologique face à l’offensive de l’islamisme radical auprès des classes populaires de banlieue. Une certaine gauche (pas forcément d’ailleurs toujours à gauche de la gauche) abuse effectivement de la contextualisation.

La contextualisation, c’est-à-dire ?

C’est estimer que le contexte social, la société, serait responsable au premier chef, et parfois même exclusivement de l’émergence du terrorisme. Cette vision poussée à l’extrême, érigée en seule grille de lecture laisse, sans broncher, s’installer une radicalité déiste, sexiste, totalitaire, phallocrate, fasciste à l’opposé de ce que la gauche prétend défendre. Seulement M.Valls, en s’opposant à cet excès de contextualisation, en vient à s’imposer des œillères en affirmant « qu’expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser . » Si le défaut de la gauche c’est de surestimer le contexte, le défaut de la droite c’est de le nier, de refuser de le prendre en compte. La droite a tendance à essentialiser. C’est-à-dire à penser que les terroristes sont ce qu’ils sont en raison, principalement, de leur culture, religion ou origine ou par défaut d’éducation. En refusant de vouloir comprendre, M.Valls verse dans l’essentialisation. Or l’essentialisation, quand ce n’est pas une forme de racisme (et là bien sûr ce n’en est pas), est une vulgaire simplification. Parce que, bien sûr, comprendre n’est pas excuser. Et ne pas chercher à comprendre, au motif qu’il est temps d’agir, est un non-sens puisque la compréhension permet d’agir plus efficacement. Comprendre son ennemi, ou les mécanismes qui transforment de jeunes Français en ennemis, c’est, en fait, mieux s’armer contre le djihadisme. Alors, il faut sans doute mettre cette phrase du 1er ministre sur le compte de l’emporte-pièce qui sied à la réaffirmation d’un chef de gouvernement mal en point dans les sondages. Mais cette attitude est en contradiction complète avec celle par laquelle il affirmait il y a exactement un an, après les attentats de janvier 2015, que notre société avait développé des ghettos et créé une forme d’apartheid. Il soulignait, à juste titre, sans en faire un élément principal, ni chercher d’excuse aux terroristes, la responsabilité de la société dans le contexte qui avait vu éclore l’islamisme radical. Il tentait donc une explication. Celle-là même qu’il dénonce aujourd’hui. On ne peut pas citer Victor Hugo, comme hier place de la République, et estimer, en même temps, ne pas vouloir chercher à comprendre le rôle de la société dans ce que deviennent les individus.

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