Ce matin vous revenez sur le débat du cumul des mandats…

Et oui c’est étonnant comme ce sujet qui fait quasi consensus dans la population continue à diviser les élus. L’actuelle majorité a adopté une loi très claire. Plus question de pouvoir être sénateur-maire ou député-maire, député ou sénateur et président de conseil régional ou départemental à partir de juin 2017. F.Fillon, qui avait voté contre, s’est néanmoins engagé à ne pas revenir sur le non cumul. Mais il fait face à une bonne partie des parlementaires cumulards de son camp qui doivent faire un choix maintenant, avant que les investitures LR pour les prochaines législatives soient bouclées. Il y a aussi des socialistes qui râlent. Gérard Collomb, sénateur-maire PS de Lyon (petite bourgade gastronomique de la vallée du Rhône qui ne nécessite visiblement pas un temps plein) est l’un des rares à avouer qu’il est scandalisé de perdre 4000 euros par mois s’il ne garde qu’un mandat.

L’argument le plus utilisé c’est celui du risque de la déconnection entre le peuple et les parlementaires…

Oui, avec cette question : comment être un bon parlementaire sans être enraciné par un mandat local aux prises avec les réalités du terrain ? La réponse est en fait très simple : il suffit de s’intéresser à son territoire, aux gens qui y vivent, de prendre le temps de les rencontrer et de vivre avec eux, de rencontrer des patrons, des associatifs, des syndicalistes, d’aller chercher ses enfants à l’école, au sport, faire les courses, vivre comme tout le monde, dans la réalité de sa ville ou sa campagne. Un député doit-il être aussi forcément vice-président de conseil général pour connaître la vraie vie, la vraie France ou bien –en plus de son mandat parlementaire- doit-il avoir le temps d’être -je ne sais pas- délégué de parents d’élèves, bénévole aux restos du cœur, juste conseiller municipal ? La réponse…la mienne en tout cas… est dans la question. Le déracinement, c’est vraiment l’argument massue, l’argument d’appareil par excellence qui n’est plus audible que par quelques parlementaires et attachés parlementaires « réseauteurs ». Le non cumul a plusieurs avantages : d’abord il permettrait de mieux légiférer. Tous les praticiens du droit constatent que la vie économique et sociale, qui se complexifie et se judiciarise, exigent des lois précises et un droit mieux écrit par des parlementaires qui s’y consacrent. Et puis il y a cette fonction si délaissée dans notre système : le contrôle de l’exécutif. Ce travail qui incombe au pouvoir législatif n’est pas fait –faute de disponibilité des élus- de façon satisfaisante en France. Enfin, le député n’est pas un élu local. C’est un élu de la Nation. Il est élu par certains Français mais il est un morceau politique et non territorial de la représentation nationale ! S’il ne doit pas oublier ses électeurs, il doit prendre en compte l’intérêt de la Nation avant même l’intérêt de sa circonscription. C’est l’esprit des institutions : les sénateurs représentent les territoires, les députés la diversité idéologique du pays. On peut même pousser le raisonnement jusqu’à considérer qu’un député-maire est en situation de conflit d’intérêt entre le local et le national. Donc… François Fillon fait bien de tenir bon face aux parlementaires de son camp.

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