Equilibre entre l’humaniste objectif du candidat Macron admirant le courage d’Angela Merkel et, comme on dit en ce moment à Matignon, «la prise en compte des bouleversements qui secouent le monde».

C’est toujours la même quadrature du cercle des modérés : comment combiner les éthiques de conviction et de responsabilité weberienne, résumées par la célèbre formule complète de Michel Rocard, « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais elle doit en prendre sa part ». Ce qui revient concrètement à affirmer que notre pays doit traiter beaucoup mieux et plus rapidement les réfugiés et renvoyer plus de déboutés dans de meilleurs délais et conditions. La présidence Macron, qui va sur son 8ème mois, peut commencer à être jugé sur l’adéquation (ou non) entre le discours et les actes. En économie par exemple, l’adéquation est là. En revanche, sur les questions d’immigration, il y a une flagrante distorsion entre le discours ouvert d’Orléans, en juillet, et la prééminence, aujourd’hui, de la vision policière. Certes, des progrès sont faits sur les conditions et les délais pour les demandeurs d’asile. Mais la promesse d’Orléans «_Plus de femmes et d’hommes dans les rues, dans les bois, d’ici la fin de l’année - question, disait le président,  de dignité, d’humanité et d’efficacité_». Cette promesse n’est pas tenue.

C’est l’épreuve du pouvoir ?

Ou l’égarement de la boussole. Thierry Pech de Terra Nova a déterré un texte intitulé Etranger moi-même de Paul Ricœur. Le philosophe, mentor d’Emmanuel Macron, y énonce des préceptes de sagesse pratique s’agissant de l’accueil des étrangers. Bien sûr, c’est l’Etat qui décide qui peut être accueilli ou pas … Mais pour Ricœur, les conditions d'une « société policée » sont «pas de cruauté, pas d'humiliation et toujours honorer la dignité». Ce n’est, à l’évidence, pas la société qui tolère que l’administration ou la police harcèlent les migrants, lacèrent leurs tentes, retirent leurs  couvertures et ne respectent plus l’inviolabilité des centres d’hébergement d’urgence. A Orléans, le président développait un propos qui ne laissait aucune place - au contraire - à la théorie de «l’appel d’air». Cette théorie qui veut qu’un traitement plus humain des migrants crée une ruée migratoire. Théorie qui est pourtant aujourd’hui la matrice du discours de Gérard Collomb, censé être un ministre très politique mais qui semble  soumis à la logique de son administration. Où est la boussole Ricœur ? Les parlementaires En Marche avaient applaudi debout le discours de politique générale d’Edouard Philippe, quand il parlait de la France terre d’accueil. La France est loin d’être envahie et peut faire face à la vague d’immigration de façon moins brutale. C’est l’opinion de la majorité des parlementaires macroniens, ce n’est plus celle de la partie du gouvernement qui s’exprime. Les députés comptent peser sur la loi asile-immigration pour changer cette lecture parce que pour l’instant, le sous-texte du discours et de l’action de Gérard Collomb dessine une France recroquevillée et peureuse : loi sécurité-terrorisme d’abord et maintenant l’immigration. On dirait que l’audace, le renouvellement, le libéralisme macronien ne passe pas par la place Beauvau ! 

    

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