Le débat est complexe, autour de la fermeture du compte Twitter de Donald Trump. Il met en jeu de grandes questions de libertés d’expression et sur lesquelles il serait bien présomptueux d’avoir un avis péremptoire tant l’écosystème médiatique, bouleversé par les Gafam, rebat toutes nos certitudes.

Le compte Twitter de Donald Trump a été suspendu
Le compte Twitter de Donald Trump a été suspendu © Maxppp / Bruno Levesque

Nos grandes législations (loi de 1881, celles qui sont venues la compléter) sur les libertés d’expression, les lois comparables dans toutes les démocraties, sont rendues inopérantes dans un environnement médiatique global, dominé par ces mastodontes de l’information, Twitter, Facebook et leurs filiales. 

On peut se réjouir que Twitter bannisse Trump, puissant et dangereux relai de fausses nouvelles

Twitter ne se comporte plus comme un simple tuyau qui ne se soucierait pas de ce qu’il charrie. Avant ces décisions, la liberté sans limites que les géants du net brandissaient, relevait plus d’un cynisme commercial que du militantisme des droits d’expression. 

Sous la pression de nombreux États et d’une partie grandissante de l’opinion inquiète ; s’apercevant aussi – quand même – des ravages démocratiques des fakenews et de la haine en ligne, Twitter décide de prendre enfin ses responsabilités.

Qu’aurait-on dit si la prise du Capitole avait débouché sur un vrai bain de sang alors qu’un réseau social si puissant avait contribué à répandre les appels à bafouer une élection ? Twitter, Facebook, Instagram, Twitch, Snapchat sont des hébergeurs et pas des éditeurs (au sens juridique) comme le sont, par exemple les organes de presse, responsables de leur contenu. Mais cette distinction ne tient plus quand la surface de ces réseaux sociaux atteint un tel niveau… 

La décision de Twitter est cependant critiquée, du Rassemblement national à La France insoumise

Et par des membres de la majorité comme le secrétaire d'État au Numérique, Cédric O. Ce n’est pas parce qu’une décision nous plait qu’elle est forcément légitime ! 

Parfois, ces critiques sont quand-même cousues de fils bruns ; quand le RN tente de devenir le porte-drapeaux de la liberté d’expression, en estimant que ce sont des opinions que Twitter censure, alors qu’il s’attaque (en l’occurrence) à de fausses nouvelles répandues par un chef d’État, qui a, par ailleurs tout loisir de s’exprimer dans les médias, pour peu qu’il accepte d’être vraiment interviewé et de se voir opposer des arguments. 

Mais une critique, faite par beaucoup de responsables associatifs et politiques de tous bords met le doigt sur la vraie question : pourquoi serait-ce aux Bezos, Zuckerberg et autres Dorsey, patrons d’entreprises dont les dimensions en font le principal espace de débat public planétaire, de déterminer ce qui est publiable ou non publiable ? 

Ces réseaux sociaux ne sont pas des services publics. Leurs conditions générales d’utilisation ne sont pas issues de parlements ou de gouvernements légitimes. Le sentiment qui domine est donc ambivalent et paradoxal, comme c’est souvent le cas quand la démocratie doit trouver des armes pour se défendre sans se dévoyer : une mesure d’interdiction arbitraire de la part d’une instance non démocratique se trouve être, en l’occurrence une bonne chose pour la démocratie ! Joli sujet d’examen de philosophie du droit. 

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