Carine Bécard

C'est LE débat qui va agiter l'Assemblée nationale, la semaine prochaine. Les députés doivent examiner la réforme territoriale, autrement dit "la fusion des régions". Pour Manuel Valls, trois mois après sa nomination à Matignon, c'est l'occasion de prouver sa capacité - ou pas - de réformer le pays. Oui, l'enjeu est capital pour Manuel Valls.Le problème, avant même de commencer pour le chef du gouvernement, c'est qu'il récupère un terrain miné... par la "méthode Hollande" ! C'est toujours la même histoire : on a une réforme qui arrive trop tard, et à laquelle il manque un cap. Trop tard, parce que le Président - vu la complexité du dossier - aurait dû s'attaquer immédiatement à la fusion des régions, dès son arrivée à l'Elysée. Au lieu de cela, François Hollande a d'abord lancé une grande concertation sur la décentralisation, qui a abouti, un an et demi plus tard, à un texte compliqué, quasi-impossible à mettre en œuvre, sur les grandes métropoles en France. Il était donc temps d'accélérer en janvier dernier. De proposer une réforme forte - la fusion des régions - susceptible d'intéresser les gens... Parce que la prochaine présidentielle approche, et le chef de l'Etat sait qu'il lui faut des résultats... des résultats concrets.Sauf que, François Hollande qui veut désormais aller vite, ne sait toujours pas trancher. Il n'a pas su choisir entre les deux modèles qui se présentaient à lui. Soit, opter pour des régions de taille moyenne - les nôtres actuellement - et supprimer les départements. Soit, miser sur des super-régions - au nombre de 14 - mais en maintenant en revanche, les départements. Qu'a fait le président Hollande?? Il a mélangé les deux, il a décidé de créer 14 super-régions et d'en finir avec l'échelon départemental... espérant sans doute ainsi, faire à peu près plaisir à tout le monde ! Objectif raté : il n'a satisfait personne parce que plus personne ne comprend quel est le cap de sa réforme.Alors, tout cela complique bien sûr, la tâche de Manuel Valls... Va-t-il réussir à réformer le territoire ? Son premier réflexe - incontestablement, le Premier ministre sait faire de la politique - son premier réflexe a été de mettre partout des hommes à lui pour tenter de ne pas se laisser déborder par des députés, lors de l'examen du texte à l'Assemblée. Il a donc pu compter cette semaine, sur le président de la commission des lois, qui est un ami et il pourra s'appuyer la semaine prochaine, sur le rapporteur du texte qui est un fidèle... Mais est-ce que ce sera suffisant pour faire adopter ce projet de loi ? Certainement pas !Manuel Valls a besoin de tout le gouvernement à ses côtés. Face aux élus locaux, il doit montrer que lui et ses ministres ont un élan collectif, une volonté partagée d'imposer cette réforme. Or, qui le soutient dans sa famille politique ? Qui, au sein du gouvernement, défend la "ligne Valls"? Elle n'est certainement pas la ligne majoritaire. Elle est suivie par lui, oui, et par quelques Hollandais. Donc on voit mal comment Manuel Valls peut espérer réformer. La preuve : dès qu'un sujet est actuellement abordé, il est presque immédiatement contesté et bloqué. Les intermittents du spectacle, la réforme ferroviaire, ses discussions avec les syndicats, ou bien la réforme territoriale... Manuel Valls doit se battre sur tout, tout le temps... Il n'est installé que depuis trois mois à Matignon mais il montre déjà les signes classiques d'usure du pouvoir...

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