A l'écouter, la démocratie serait en danger, son parti (RN) au bord du dépôt de bilan à cause des juges... Mais Marine Le Pen est-elle bien placée pour prétendre "sauver la démocratie" ?

Il y a une phrase, Yael, qui vous trotte dans la tête depuis lundi, une déclaration signée Marine Le Pen…

Je n’irai pas à Saint-Pétersbourg pour la demi-finale, j’essaye de sauver la démocratie française » (Marine Le Pen, RMC / BFMTV, 9 juillet 2018)

A posteriori, on se dit qu’elle a manqué de flair politique, parce que tout le pays vibre en Bleus après ce 1/0 qui nous propulse en finale... Mais en ce moment, l’équipe de France, c’est le cadet de ses soucis ! Elle est lancée dans son "Sarkothon", car le RN (ex-FN) a un besoin urgent de trésorerie. Problème : 150.000 euros récoltés depuis dimanche… A ce rythme-là, il sera impossible d’atteindre à la fin du mois la barre des 2 millions d’euros pour pouvoir faire tourner sa boutique. Deux millions d’euros, c'est la somme gelée par deux juges d’instruction, et qui devait être versée par l’Etat, somme versée au titre des dotations publiques attribuée aux partis politiques (au prorata du nombre de voix obtenues aux dernières élections). Alors, en professionnelle de la com’, elle se fait passer pour victime, en expliquant que le RN pourrait mourir sous les coups d’une justice politisée.

Et c’est vrai, Yael, que cette procédure de saisie n’avait encore jamais frappé un parti politique…

Et ça pose question : comment punir par anticipation, avant même que des condamnations soient prononcées. Une décision de justice sur laquelle l'extrême droite anti-système peut facilement surfer. 

Mais de quoi parle-t-on ? D’un parti, le RN, endetté, qui rejette l’Europe de Bruxelles mais pas son argent ! Marine Le Pen dit vouloir « sauver la démocratie », mais est-elle capable, d'abord, de gérer sa propre formation ? Dans l’affaire dont on parle, il y a 14 mises en examen, dont la sienne et celle de Nicolas Bay, qui brigue la tête de liste pour les européennes. Que disent les juges ? Qu’ils ont réuni suffisamment d’indices montrant que le RN (ex-FN)  a "délibérément organisé le détournement de fonds européens" via l'embauche d'assistants parlementaires qui travaillaient en réalité pour le parti. De quelle somme parlons-nous ? Sept millions d’euros, sur 8 ans, c’est le préjudice dont le Parlement européen s’estime victime. 

Le RN est-il un parti trop "gourmand" ? 

On y est souverainiste, sauf quand on peut faire chauffer la carte bleue pour les frais de bouche ! Réceptions, caisses de champagne, restos de luxe : le Parlement européen réclame aussi plus de 500.000 euros au groupe ENL, essentiellement composés d'eurodéputés frontistes. 

Le RN exige, comme François Bayrou d'ailleurs, la création d'une banque de la démocratie, indépendante des puissances d'argent, mais ça n'excuse pas la gestion passée. Si les juges disent vrai, Marine Le Pen demande aujourd’hui à ses électeurs de payer, une deuxième fois (!), pour ses erreurs ! Parce que comme contribuables, ils ont déjà donné ! Le Parlement européen vit avec l’argent de nos impôts.

Interrogée dans Le Point sur la prochaine élection présidentielle de 2022, elle fait cette confidence : 

« Le doute me nourrit (...). Si vous me demandez si je serai la prochaine candidate, je n'en sais strictement rien ! J'envisage ça avec beaucoup de sérénité. Je le serai si je suis la mieux placée" (Le Point, la semaine dernière)

Elle aurait dû ajouter : "Et si je ne suis pas condamnée à une peine d’inéligibilité". Pure spéculation à ce stade, mais on y pense très fort, en se rasant, chez les soutiens de Marion Maréchal.

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