"La dynamique Sarkozy" titre le Figaro, "Bleu blanc bleu " dit Libé, "la déferlante" pronostique Aujourd'hui/le Parisien... Quelle que soit la façon dont on le dit, le résultat du premier tour des législatives donne un énorme avantage à la majorité présidentielle. Chambre monochrome. Aussi sûrement que Malévitch donna à la peinture moderne son premier monochrome en 1918 avec son "Carré blanc sur fond blanc", Nicolas Sarkozy semble bien être en passe d'offrir aux institutions de la cinquième République sa première assemblée monochromatique. Laissons le second tour se dérouler pour savoir si l'UMP et ses alliés du Nouveau centre disposeront de 450 ou 500 députés. On ergotera alors sur la teinte précise du bleu dont se couvrira l'Assemblée : bleu horizon, bleu marine, ou "bleu d'enfer", appellation pour le bleu le plus foncé inventorié par Colbert au 17ème siècle. Attendons donc le second tour, avec néanmoins déjà une certitude : il y aura plus de députés UMP lundi prochain que dans l'Assemblée sortante, où ils étaient déjà 362 et peut-être même davantage que lors des précédentes vagues bleues, après 1968 pour un vote de relégitimation du Général de Gaulle ou en 93 lorsqu'il s'était agi de submerger un mitterrandisme à l'agonie. Déferlante bleue attendue donc, incontestable dans son ampleur. Mais au fait, pourquoi et pour quoi faire? Depuis plus de 25 ans, les Français avaient pris la fâcheuse habitude de chasser systématiquement leur majorité sortante. Les politiques, François Fillon en tête, avaient théorisé ce zapping électoral, "inadéquation du temps politique et du temps médiatique" avait il dit, "perte de crédibilité du discours électoral face à la résistance de la réalité du pouvoir". Et bien pour la première fois depuis 1978, c'est la majorité sortante qui est reconduite. Les Français ont clairement oublié qu'ils revotaient pour les mêmes députés honnis de la précédente législature, ceux qui leur ont fait avaler la réforme des retraites ou qui ont reculé face à la rue dans l'affaire du CPE, ils ont juste intégré la logique présidentielle. Ils ont choisi Nicolas Sarkozy le 6 mai ? Ils lui donnent les moyens de sa politique. C'est incontestablement la dynamique institutionnelle, la présidentielle puis les législatives dans la foulée, mais aussi la dynamique personnelle du nouveau Président, son engagement très fort dans la campagne, qui ont joué hier. Une légitimité reconfirmée, peu entamée par le record d'abstention que l'on constate, puisque cette abstention a bien plus pénalisé la gauche que la droite. Alors, une majorité bleue, bleue, bleue, mais pour faire quoi ? Et bien pour faire a priori les "changements profonds" que Nicolas Sarkozy a promis. Il ne trouvera en face de lui qu'une oppposition réduite à la portion congrue et très compacte par ailleurs, ne restant sur le spectre de l'hémicycle que le bleu et le rose du PS, les électeurs s'étant peu égayés sur les côtés. Cette hégémonie monochromatique laisse augurer d'une activité parlementaire réduite à sa plus simple expression : faire ce que le Président de la République demandera, un rôle d'exécuteur d'ordre donc du pouvoir executif. Ce n'est pas nouveau, mais ça ne devrait pas aller en s'arrangeant et cela pose une question toute bête : "au fait, ça sert à quoi le parlement ?". Allez, on laisse passer le second tour, et on en reparle!

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.