Manuel Valls répond oui, et il a peut-être raison. Disons qu’il est sous respirateur artificiel et qu’il n’y a plus qu’à le débrancher. Mais ça traîne parce que la famille ne s’est pas encore entendue sur ce qu’il faut faire de l’héritage. Ne nous y trompons pas. Tout ça ne veut pas dire que la gauche de gouvernement est morte, au contraire. C’est une question que les socialistes n’ont pas l’air de pouvoir regarder en face parce que le PS, c’est peut-être un tout petit 16% aux Européennes, mais c’est aussi, localement, le parti le plus puissant de France. Quasiment toutes les régions, la grande majorité des départements et la majorité des villes. Les socialistes y font un travail apprécié et concret. Ils sont installés et ça roule. Mais le PS s’ensuque, se notabilise, devient un parti d’élus. Nombre d’entre eux s’accommodent d’ailleurs très bien d’un PS dans l’opposition. Alors pour revigorer ce vieux parti, on dit régulièrement : « il faut donner des responsabilités aux jeunes ». Mais bien souvent, les jeunes socialistes sont de vieux militants formatés. Le PS a-t-il vécu ? Mort, non pas de rachitisme électoral national mais plutôt d’obésité locale ? Ou alors, a-t-il fait son temps et son œuvre tout simplement comme le grand parti Radical de la troisième et des débuts de la quatrième république ? Le parti Radical avait été créé, en gros, pour ancrer la République au moment où elle était encore fragile et menacée. Quand la droite est devenue sans conteste totalement républicaine, au cours de la quatrième république, hé bien finalement le radicalisme qui avait pourtant fourni à la France la laïcité, Clémenceau, Jean Moulin, le philosophe Allain ou Pierre Mendes-France n’avait plus lieu d’être. Il s’est étiolé, s’est asséché nationalement alors qu’il affichait un embonpoint de bourgeois du XIXème dans de nombreuses régions. Aujourd’hui, ce n’est plus rien, divisé en deux, ou rien fois deux c'est-à-dire André Rossinot fois, ou divisé par Jean-Michel Baylet. Rien donc ! C’est ce qui menace le PS, parce que finalement, comme le Parti radical a eu sa grande œuvre - la République Laïque - le PS a sans doute eu la sienne, non pas installer le socialisme en France mais conforter, pérenniser la République sociale, le rôle de l’Etat, la régulation de l’économie et les systèmes de solidarité. Ce que François Mitterrand appelait l’économie mixte. Cette idée est mise en place, progressivement en France, depuis la libération et les lois sur la sécurité sociale. Elle a été ringardisée dans les années 80, 90 par le libéralisme ambiant. Sa vulnérabilité d’alors, face aux influences du Thatcherisme et du Reganisme a assuré un succès continu au PS. Aujourd’hui, bien sûr, la crise nous prouve que le modèle français a du bon. Nicolas Sarkozy et l’UMP se font les chantres de la protection et du rôle de l’Etat. Ils prônent la réforme du capitalisme et la régulation. Les socialistes peuvent toujours se dire que c’est injuste mais peu importe, Nicolas Sarkozy est quand même crédible dans le rôle du chef d’un état fort et interventionniste. C’est dans les gènes de la droite française et dans l’héritage bonapartiste. L’Etat et la droite font très bon ménage en France. Le libéralisme et la droite, à quelques privatisations près, ce ne fut, en réalité, que conjoncturel. Le PS peut donc mourir d’avoir gagné. Il peut encore survivre pour que l’hyper structure de ses élus vive encore un peu mais ça ne ferait que retarder la régénération de la gauche. Cette régénération est, en réalité, bien avancée dans le monde intellectuel. Les think tank et les universitaires de gauche sont largement en avance sur les partis. Souvent leurs réflexions ont à voir avec l’écologie avec, non plus, la répartition des fruits de la croissance mais avec la nature même de la croissance. Les universitaires, puis maintenant les électeurs de gauche, indiquent la voie. Il manque –pour l’instant- à la gauche de gouvernement, non pas une défaite de plus mais le cran et l’énergie pour tout remettre à plat. Parce qu’après tout, 16 plus 16 égal 32. Et 32, c’est plus que 28 !

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