Ce matin vous avez repéré une certaine forme de « sarkoïsation » chez François Hollande…

Oui dans ce qui était reproché à Nicolas Sarkozy, il y avait sa façon de communiquer à l’emporte-pièce, par célébration permanente de ses propres réalisations, généreusement surévaluées. Le summum de l’autopromotion abusive avait été atteint (c’est devenu un classique) quand, par deux fois, en 2009 et en 2010, il avait affirmé que les paradis fiscaux c’était fini ! Sous l’impulsion de Paris, c’est vrai, le G20 avait enfin commencé à s’attaquer aux paradis fiscaux… mais, bien sûr, le problème n’était pas réglé (loin de là) ni en 2009, ni en 2010. François Hollande vient de faire à peu près la même chose sur la question des déficits. Voici ce qu’il a déclaré au quotidien Japonais Nikkei : « notre pays a assaini ses dépenses publiques, réformé le marché du travail, abaissé le coût du travail »… en toute simplicité ! Ça y est, nos finances publiques sont assainies ! Alors je sais bien que François Hollande était au Japon et que dans ces cas-là, on essaie toujours de vendre son pays, on enjolive un peu, on a un discours de concessionnaire de voitures payé au rendement… Mais quand même « notre pays a assaini ses finances publiques » ça vaut « les paradis fiscaux c’est fini ». On s’attendrait presqu’à ce qu’on nous annonce une série de baisses d’impôts pour 2014 ! Pourtant, après la mauvaise impression qu’avait laissé Nicolas Sarkozy avec sa communication tapageuse, François Hollande prenait plutôt garde à ne pas verser dans la forfanterie.

Et visiblement c’est fini !

Sur ce coup-là, oui mais (comme pour Nicolas Sarkozy) ce serait trop court de dénoncer un simple mensonge crâneur parce que l’évidence saute aux yeux de tout le monde… Mais, pour autant, cette affirmation comprend sa part de sincérité. La sincérité des hommes d’action qui pensent comme Virgile « qu’on peut parce qu’on croit pouvoir ». La sincérité de l’alcoolique qui a pris la décision d’arrêter de boire à midi et qui –ne s’étant pas resservi- affirme à deux heures : « ça y est je suis sorti d’affaire »! Les politiques, qui sont aux commandes dans un monde hyper médiatisé, ont tendance à vouloir renforcer par la puissance de leur verbe, une réalité qui leur échappe. Il s’agit (soyons bienveillants) d’une exagération de bonne foi. Le pouvoir des présidents et des chefs d’exécutif a beaucoup baissé ces dernières décennies avec la financiarisation de l’économie, le poids de l’Europe et la généralisation des interdépendances. Seulement leur langage ne s’est visiblement pas adapté à la relative nouvelle impuissance publique que, pourtant, tout le monde perçoit. François Hollande, comme Nicolas Sarkozy, essaient de nous convaincre de la pertinence de leurs solutions mais surtout ils tentent désespérément de nous assurer qu’ils ont la capacité de les mettre en œuvre. Et même qu’ils les ont mises en œuvre ! Les présidents surévaluent naturellement la part performative de leur parole. « Je dis, donc c’est fait ». Ça marche pour une nomination. Ça marche aussi, à force, pour des réformes sociétales mais ça ne marche pas pour renverser la courbe du chômage ou assainir les finances publiques. L’effort incommensurable déployé par François Hollande pour convaincre son camp politique de la nécessité d’assainir les finances publiques est déjà, en soi, un exploit. C’est un exploit politique. Mais ça n’en fait pas encore un exploit économique !

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