C’est ce qu’affirment les soutiens du 1er ministre. Mais, s’agissant de l’ampleur d’une polémique, sur la gouvernance ou l’exemplarité, il est aussi absurde de se demander si elle est disproportionnée que de chercher à savoir si la force d’un vent, lors d’une tempête, est juste ou injuste. Elle est là et elle a des causes complexes, souvent autres que l’objet du scandale lui-même. Elle pourrait être décrétée injuste si (comme on l’entend toujours en pareil cas) il y avait eu une cabale journalistique ou politique destinée à enfoncer la personnalité en cause. Alors bien sûr, les partis d’opposition ont mis au point une série de réactions indignées. Mais cette salve peu spontanée prend ou ne prend pas. Et si elle prend, ce n’est pas parce qu’elle est matraquée par les chaînes tout info… mais bien parce qu’il y a un malaise plus général s’agissant de la façon dont est gouverné le pays. Un sentiment d’injustice et de duperie domine. Ce n’est pas parce que Francois Hollande ou M.Valls abuseraient des facilités que leur offre le pouvoir…mais plutôt parce que, plus généralement, il y a, en économie, sur les réformes, sur la réalité des efforts à consentir pour remettre le pays sur les rails, une forme de déni et d’insincérité de la part de ceux qui nous gouvernent.

Ce voyage en avion de l’Etat avec ses deux enfants serait mieux passé dans un autre contexte politique ?

Sans doute, même si cette escapade relève de l’éloignement progressif que provoque immanquablement le pouvoir… ce n’est pas le voyage, en lui-même, qui est réellement en cause. Si c’était le cas, les rois de la com’de Havas Wordwild (ex-Euro RSCG), amis et soutiens du Premier ministre, n’auraient pas si lamentablement échoué dans la fabrication de la réponse. Non, aucune com’ ne peut rien contre un sentiment d’injustice et de tromperie. Et ce sentiment, on en trouve l’origine au cœur même de la politique menée en ce moment. Il ne s’agit pas ici d’affirmer que la politique menée en ce moment est mauvaise. C’est peut-être même la politique qu’il convient de mener. L’avenir nous le dira. Mais songez que le ministre de l’Economie Emmanuel Macron, qui est l’inspirateur de la politique appliquée en France, n’aurait pas pu (il nous l’a confirmé hier) signer la motion majoritaire du PS… Elle ne correspond pas, selon lui, à ce qui est mis en œuvre, en ce moment. Emanuel Macron n’aurait pas pu prendre la parole au congrès du parti majoritaire sans provoquer un clash politique. La représentation politique et l’action politique ne sont pas en phase. Nous sommes dans un vaste faux-semblant, largement et confusément ressenti par la population. Cette tromperie est à la longue plus corrosive que l’escapade à 20.000 euros du supporter Valls. Mais l’affaire de l’avion, plus flagrante, cristallise l’idée que, globalement, la majorité n’est même pas capable d’assumer sa politique, que la politique en général est faite de postures, dominée par l’insincérité. Bref, que les politiques nous mènent en bateau… cette affaire d’avion est donc plutôt une affaire de bateau !

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