Crise interne à LFI... et ‘populisme de gauche’.

‘Populisme de gauche’, c’est la notion qui est au cœur de la controverse qui mine LFI. Notion théorisée par la philosophe belge Chantal Mouffe et qui a structuré l’intuition qu’avait eue JL Mélenchon à la fin des années 2000. Depuis l’expérience Tony Blair et la conversion des sociaux-démocrates au libéralisme, le clivage gauche/droite s’était dilué dans ce que la philosophe appelle ‘l’illusion du consensus’. La crise des subprimes de 2008 a rebattu les cartes. On entrait (du fait du discrédit des élites) forcément dans ‘un moment populiste’. Le clivage pertinent, écrit Chantal Mouffe, devait être, dès lors, populisme de droite vs populisme de gauche. Mais en France, le mot ‘populiste’ est problématique puisqu’il fait référence, aux tentatives autoritaires de Boulanger, à la fin du XIXème  où  antiparlementaires de Poujade, dans les années 50. Chantal Mouffe pense plutôt, (c’est son mot) à une ‘radicalisation de la démocratie’, une tentative de retour de la souveraineté populaire qui dépasserait la classique lutte des classes (notion devenue insuffisante). Il y a depuis des années des luttes (sans rapport avec les classes sociales) pour l’environnement, le féminisme, l’antiracisme, les droits LGBT, qu’il faut coordonner à celles (plus sociales) des classes populaires et moyennes brisées par l’économie financiarisée. Une agrégation sociologiquement et politiquement pas évidente ! Le populisme de gauche n’est pas un programme politique type mais une stratégie pour créer une articulation (une, dit-elle, ’chaine d’équivalence’) entre tous les mécontentements populaires afin de les réorienter, non pas vers un repli identitaire (le populisme de droite) mais vers une exigence d’égalité et de solidarité. Aux Etats-Unis Bernie Sanders, en Europe le Labour de Corbyn, Siriza, Podemos, Die Linke (en partie) et LFI, représentent une gauche qui tente ce retour de peuples dépossédés par une oligarchie qui confisquerait richesse et démocratie. Chantal Mouffe estime qu’il faut créer de la confrontation, une ligne de fracture peuple contre oligarques, plutôt que contre les immigrés, par exemple.

Tout le monde à LFI épousait cette stratégie 

D’autant qu’elle était étayée par des exemples étrangers prometteurs. Seulement c’est dans l’application de cette stratégie que ça coince. Notre culture politique pousse naturellement à la personnalisation. Mais avec la personnalisation et le charisme vient, de fait, la verticalité... et donc l’impasse démocratique. Et comme la façon de fonctionner de chaque mouvement politique est, pour la population, le miroir de ce que serait le chef et son parti s’ils étaient au pouvoir, le populisme de gauche, finit par apparaître  comme plus populiste que de gauche, donc pas très avenant pour la grande majorité des électeurs visés. Si LFI n’a pas réussi à incarner et à orienter la colère des Gilets jaunes, ni à briller aux européennes, est-ce parce que la théorie de Mélenchon et Mouffe est fausse ou est-ce parce que, justement, leur populisme de gauche n’a pas été assumé jusqu’au bout ? Question classique, s’il en est. C’est l’objet de la crise qui secoue les Insoumis. Elle met en cause la nature même du mouvement et son seul vrai leader. 

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