En l’écoutant hier à ce micro, on pouvait mesurer à quel point la façon de faire de la patronne du Rassemblement National est machiavélique. Tous ses mots jusqu’au moment de parler des violences policières auraient pu être signés par un responsable de La France Insoumise.

Le discours social du Rassemblement National sonne comme celui de la gauche de la gauche

Tous ses mots jusqu’au moment de parler des violences policières auraient pu être signés par un responsable de La France Insoumise. Sur les salaires, sur la retraite, sur le souverainisme économique et social. Marine Le Pen copie éhontément le programme de LaFrance Insoumise, sans en tirer les conséquences en termes de remise en cause du capitalisme, de planification et d’accroissement du rôle des syndicats. 

On a l’impression que finalement, comme beaucoup de leaders de mouvements que l’on appelle (on n’a pas trouvé mieux) populistes, Marine Le Pen peut dire exactement ce qu’elle veut sans se soucier de la vérité (dixit son affirmation fallacieuse sur le bilan du Covid en France)… sans se soucier de l’impact financier et économique et même des implications politiques de ce qu’elle propose. 

Le chômage partiel ? Pourquoi pas le prolonger jusqu’en septembre, décembre… jusqu’en 2022. En réalité, les sommes vertigineuses que la France emprunte, le fait que l’objectif des 3% de déficit ait sauté, désinhibe encore plus ceux qui étaient déjà, avant le confinement, pour la surenchère sociale. N’ayant jamais été au pouvoir, personne ne lui oppose ses dires à ses faits. Puisqu’il n’y a pas de fait. Elle bénéficie d’une sorte d’a-responsabilité. L’idée c’est de continuer à capter la frange, toujours plus nombreuse de la population en colère et défiante envers le système. Un système qu’Emmanuel Macron, après en avoir été un des contempteurs, incarne plus que quiconque.

A ce jeu, Marine le Pen a un gros avantage sur Jean-Luc Mélenchon

Si elle ne peut trouver que des avantages à aller sur le terrain social de Jean-Luc Mélenchon, l’inverse n’est pas vrai. JL Mélenchon ne peut pas (et d’ailleurs ne voudrait pas) aller sur le terrain sécuritaire ou identitaire de Marine le Pen. La France Insoumise se démène pour convaincre la plus grande partie de l’électorat populaire en colère qu’avec le social vient l’écologie et la solidarité, là où Marine Le Pen explique qu’avec l’identitaire et le sécuritaire vient le social. Le Rassemblement National et LaFrance Insoumise sont comme deux pays qui se font la guerre alors qu’un seul des deux pays aurait la possibilité d’envahir le territoire de l’autre. 

Le combat est inégal. Pour incarner la voix des fâchés en évitant d’être celle des fachos (pour reprendre les termes d’un slogan Insoumis), JL Mélenchon doit donc en rajouter, éternellement dans le bruit et la fureur, alors que la stratégie pré-présidentielle qui consisterait à incarner la gauche voudrait maintenant, au contraire, qu’il adopte enfin une image d’ouverture et d’apaisement. Les événements, le statut toujours plus aléatoire de la vérité dans le débat politique, rendent le match Le Pen / Mélenchon cruellement inégal.

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