Dans moins d'un mois, les élections européennes. Ce n'est que le premier édito politique de 7h45 sur le sujet et les amoureux du débat européen pourront le reprocher. En fait, je ne crois pas qu'un vrai débat européen puisse se mener à l'occasion d'élections qui se déroulent au niveau national. Même si le parlement européen a une réelle influence sur nos vies. L'idéal serait d'avoir de vraies listes européennes et transnationales qui représenteraient les grandes tendances du continent. On en est loin et nous ne sommes pas, mais alors pas du tout, prêts à voter pour des listes dans lesquelles il n'y aurait pas forcément de Français en position éligible. Tout simplement parce qu'il n'y a toujours pas d'opinion publique européenne. D'ailleurs, les principaux leaders français ce concentrent sur des thèmes nationaux. A tel point que le président du Modem, François Bayrou, censé être vicéralement européen, publie, en pleine campagne européenne, un livre consacré exclusivement à la politique française. C'est vrai, hier, le président français a fait campagne en Allemagne, devant des jeunes de la CDU d'outre Rhin, le PS fait, c'est vrai, des réunions avec des socialistes européens. Le meeting de Toulouse, il y a 15 jours, était, de ce point de vue, assez unique, mais au jour le jour, ce sont les thèmes français qui sont abordés. La composition des listes PS n'avait d'ailleurs pas comme impératif premier de reconduire les parlementaires européens les plus compétents et les plus assidus. Pour les listes UMP, ce n'est pas mieux. Loin de là... Rachida Dati, jugée plus assez performante pour être ministre, a été bombardée sur le front de l'est contre son gré ! L'un des euros député UMP, les plus respecté et les plus européen dans l'âme, Alain Lamassoure, a été relégué pour défaut de charisme médiatique. Tout est là. Pire, la composition des listes UMP a été largement établie sous le contrôle stricte de l'Elysée, contre l'esprit des institutions qui veut que le président de la République se tienne quand même à une certaine distance de la vie partisane ! Le fait que le président s'implique à ce point dans la campagne polarise forcément les débats autour de son action. Le risque, pour lui, est qu'on lise les résultats avec des lunettes uniquement nationales. Risque modéré puisque si l'on en croit les sondages, l'UMP sera certainement en tête. Si le parti du président fait un bon 26, voir 28, pourquoi pas un inespéré 30%, il pourra dire « je suis devant les autres ». Mais ça voudra dire surtout que le président de la République ne fait plus que 26, voire, 28 et pourquoi pas un riquiqui 30%. Les 70% restant seront alors répartis sur des listes d'oppositions, de gauche, du centre et d'extrême droite, puisque (et c'est inédit) il n'y a qu'une seule liste pro-gouvernementale. De l'autre côté, on dit que le PS serait ravi d'un 25% ! Là aussi, croyez bien qu'au-delà de cette cime de lilliputien, Martine Aubry criera victoire. La réalité c'est que le président est au plus bas dans les sondages, que les thèses libérales sont contredites par les faits et que la colère sociale gronde dans le pays ! Alors si le principal parti d'opposition, censé incarner une alternative, ne dépasse pas la moitié du vote global de l'opposition, ce serait, en fait, une preuve d'échec cinglant. Les seuls gagnants seront, comme souvent pour ce type d'élections, les formations secondaires. Certaines dépasseront leur score du premier tour des législatives. Les Verts, le Modem, le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon, peut être aussi le NPA d'Olivier Besancenot, ou l'étrange animal hybride composée du vicomte et du paysans, Villiers-Nihous. Le FN, sans doute pas. La peur sociale supplante aujourd'hui la peur sécuritaire. Pour l'instant, en France (et ce n'est pas le cas partout en Europe) la crise ne génère pas de réactions xénophobes ou de repli sur soi.

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