Nicolas Sarkozy remonte dans les sondages. Oui, deux éléments commencent à payer en terme de popularité (3 points ici, 5 là), même si l’on reste sur une défiance largement majoritaire. Le premier c’est l’effet (que l’on dirait presque mécanique) de l’abandon de tout un tas de projets ou de débats qui paraissaient largement superflus, politiquement douteux ou peu clairs, qui fleuraient bon l’utilisation politicienne… qui obstruaient l’horizon, divisaient et plombaient l’ambiance politique : abandonnés, donc, la loi sur la sécurité des mineurs, le débat sur l’identité française, la suppression du juge d’instruction et même, par petite touche, le bouclier fiscal qui pourrait bientôt ne plus ressembler qu’à une « feuille de vigne fiscale » pour reprendre l’image trouvée par François Baroin le ministre du Budget. Le président semble aussi (comme on n’arrête pas de le dire depuis le début du quinquennat, on peut en douter) vouloir enfin se présidentialiser, c'est-à-dire organiser une certaine rareté de sa parole pour que celle-ci ait, au final plus de poids et une valeur plus arbitrale. Le rythme des réformes, ou plutôt de l’annonce des réformes, s’est calmé, même si du fait de l’embouteillage législatif, ce qui est annoncé est tout de même souvent assorti d’une procédure d’urgence. Bref, du discernement dans la réforme et la gestion de la crise comme seul objectif principal. En matière de sécurité, beaucoup moins de mots et plus d’action, comme pour les opérations anti-drogue en Seine-Saint-Denis… Toujours pas de plan Marshall pour les banlieues en contrepoint, mais la crise offre une bonne occasion de faire accepter le fait de ne pas tenir les promesses couteuses. Enfin, la crise européenne est politiquement valorisante pour la France donc pour celui qui l’incarne. Valorisante pour la France ? Eh bien oui, parce que la France au sein de l’Union européenne est le pays qui défend avec le plus d’ardeur, et depuis toujours, les avancées d’une Europe politique, qui plaide en permanence pour un gouvernement économique européen. L’Allemagne est la puissance financière et industrielle de l’Europe, la France c’est la puissance politique. Le leadership du président français, quel qu’il soit, ne s’appuit pas sur une puissance économique imposante comme celle que peut afficher Berlin. Le président français, lui, parle d’une voix d’autant plus forte qu’elle est relativement consensuelle, qu’elle exprime au moins ce que pensent les deux principaux partis politique de gouvernements (UMP et PS). En ce moment, entre les Anglais sans gouvernement, les Espagnols légèrement paniqués par leur situation financière, les Allemands qui se demandent s’ils ne sont pas la vache à lait d’un continent pas très vertueux, la voix de la France raisonne et Nicolas Sarkozy sait y faire. En plus, le temps passe et on n'en est plus à souligner le hiatus entre la volonté dérégulatrice du Nicolas Sarkozy d’avant la crise et d’avant l’élection. Maintenant, le président est la voix de la France et la France, par nature, par tradition, est régulatrice, promeut un capitalisme encadré. Les politiques seront jugés à leur réelle volonté et capacité à imposer une loi aux marchés, pour l’instant on a un peu l’impression que l’on agit plutôt pour s’attirer leurs faveurs, ou au moins pour les prendre de vitesse. Ce matin, miracle, les marchés sont contents ! La vitesse, le rythme ! Nous y voilà, l’autre impression qui domine c’est que l’Europe s’y prend toujours avec un temps de retard. Dans ce contexte Nicolas Sarkozy, toujours impatient, peut se forger une autre image plus avantageuse, avant que les effets de la rigueur se manifestent. La crise est bonne pour le président parce que son tempérament énergique, qui ressemble à de l’agitation par temps calme, peut ressortir comme de la promptitude par temps agité.

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