L’événement à Cannes est aussi politique avec la projection mercredi prochain, de "La Conquête", le film qui met en scène l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, depuis 2002 jusqu’au 6 mai 2007.Oui ce film est un objet politique étrange et spectaculaire, on laissera les critiques de cinéma en juger sur un plan artistique quand il sera projeté à Cannes la semaine prochaine. Mais il pose plusieurs questions sur le plan politique. D’abord il faut souligner que rien n’a été entrepris par l’Elysée pour en empêcher le tournage ni la distribution. Encore heureux, serait-on tenté de dire mais, quand même, ça va mieux en le disant puisque pèsent souvent des soupçons de pression venue d’en haut, sur les médias… Ensuite, se pose la question de la transposition au cinéma de la vie privée des politiques. Le cinéma ne devant évidemment connaître aucune limite dans le choix des sujets qu’il traite, on abouti à un paradoxe assez troublant pour le spectateur qui n’est pas habitué, à ce point, à entrer dans l’intimité des hommes et femmes qui nous gouvernent. La presse française est (même en ces temps de « peopolisation » de la politique) finalement très discrète -beaucoup plus que la presse étrangère- sur la part privée de la vie de nos élus. Et voilà que le cinéma français, sous couvert de fiction, devient beaucoup plus intrusif dans ce domaine que le cinéma anglais par exemple si l’on se réfère au magnifique film de Stephen Frears sur Tony Blair. "La Conquête" est un film qui raconte la conquête du pouvoir et la perte d’une femme. Le personnage qu’interprète Denis Podalydès vit parallèlement la plus grande victoire qu’il puisse être remportée en politique, celle qui sur-gonfle l’orgueil et, en même temps, il subit la plus violente des blessures d’amour propre. Cette collision des sentiments extrêmes et contradictoires fournit la force dramatique au film. Que fournit-elle au citoyen-spectateur ? Ce sera à chacun de juger. Un film de la sorte désacralise forcément le Président de la République, non ?Oui, mais ce film est possible parce que Nicolas Sarkozy avait lui-même, un peu désacralisé la fonction par sa manière de présider. Les vannes étaient ouvertes. Le personnage Sarkozy se crée une vraie place dans le monde du divertissement de masse. "La Conquête" fait l’événement aujourd’hui mais il y eut une dizaine de bandes dessinées à succès comme "La face kärchée de Sarkozy", vendue à plus de 200.000 exemplaires. La BD se prête particulièrement bien au personnage Sarkozy, colérique comme Jo Dalton, agité comme le Marsupilami, impétueux comme Astérix, gonflé et intrépide comme Tintin, avide de pouvoir comme Iznogoud. On est loin du personnage stendhalien de François Mitterrand. Nicolas Sarkozy est même le héraut du dernier opus de la série "Le Poulpe", un polar intitulé "La vacance du petit Nicolas" de notre ami Renaud Dély. Le summum de la désacralisation du président sera atteint à la sortie, fin juin, d’une parodie de la célèbre série de livres pour enfants "Où est Charlie?" devenu, grâce à l’humour d’Albert Algoud, "Où est Sarko?". Les enfants lecteurs doivent retrouver un petit personnage agité nommé Sarko au milieu d’une foule. A la théorie des deux corps du roi élaborée par l’historien Ernst Kantorowicz (le corps terrestre et mortel du roi et son corps politique, immortel, incarnant le royaume), il faut, dans le cas du président, opposer les deux corps du chef du Président : le politique, celui du chef de l’ Etat et le corps spectaculaire de celui du personnage Sarkozy.

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