Hier, le 10 mai, François Hollande visitait la bibliothèque François Mitterrand : l’occasion de remarquer que le nouveau Président semble vouloir s’inscrire dans les pas de son prédécesseur…

Oui… symboliquement seulement, parce que les deux hommes et les deux époques sont bien différents… Mais c’est vrai que François Hollande s’inscrit pleinement, (et ne perd pas une occasion de le rappeler) dans la succession des « expériences » de la gauche au pouvoir. Malgré la normalisation de l’alternance, la gauche au pouvoir apparaît toujours un peu comme une opportunité exceptionnelle. Elle reste dans l’imaginaire collectif une « expérience », comme si durer au pouvoir pour la gauche était en soi un exploit, parfois même un peu suspect. La gauche se vit comme étant le camp du progrès : François Hollande est donc un barreau de plus sur cette échelle. Il succède à François Mitterrand, qui lui-même succédait au gouvernement de la Libération qui, lui-même succédait au Front populaire. L’Histoire de la gauche passe un peu vite sur des épisodes moins épiques mais pourtant significatifs : les gouvernements de la IVème ou même la période 97/2002 avec Lionel Jospin. Il y a des pages de la grande Histoire de la gauche et il y a des petits paragraphes. Chaque prise de pouvoir, démocratique ou révolutionnaire de la gauche est marquée par des acquis sociaux et démocratiques ou des souvenirs très identifiés. En 1848, l’abolition de l’esclavage (Schœlcher avait d’ailleurs été honoré avec Jaurès et Jean Moulin au Panthéon en mai 81 par François Mitterrand). La Commune de Paris et l’utopie massacrée, l’enracinement de la laïcité par la IIIème république, les congés payés de 36, le système de solidarité de 45, l’abolition de la peine de mort de 81. Cette épopée est l’histoire des progrès arrachés au conservatisme. Elle crée une identité à la gauche pourtant très diverse et idéologiquement éclatée. Ce sentiment d’appartenir vaguement au même camp, que peuvent ressentir un trostkiste et un social-démocrate produit une efficacité électorale qui permet à la gauche de remporter des victoires au-delà de sa véritable influence.

La droite n’a pas ce rapport avec l’Histoire ?

Non parce que la droite parlementaire d’aujourd’hui n’est pas le produit, dans notre imaginaire, d’une histoire épique. La droite n’est véritablement et pleinement républicaine que depuis la Libération. La gauche, elle, a réglé ces débats internes par des controverses idéologiques ; le débat Guesde/Jaurès sur la République au début du XXème siècle, le congrès de Tours en 1920. La droite d’aujourd’hui se réfère à de Gaulle, parfois à Clemenceau, pour l’autorité et le patriotisme mais la gauche le revendique pour la laïcité et l’anticolonialisme. La droite modérée peut s’enorgueillir d’avoir favorisé la construction européenne avec Jean Monnet et Robert Schumann, d’avoir impulsé et géré une bonne partie de la période prospère des 30 glorieuses. L’histoire plus ancienne est problématique parce que c’est l’histoire du conservatisme bourgeois… Adolphe Thiers, Poincaré. La droite française n’a pas une histoire romanesque et coagulante hormis celle du général de Gaulle mais elle doit la partager avec la gauche résistante. Ce manque de références historiques structurantes est un handicap pour elle au moment où l’UMP doit se livrer à une réflexion idéologique pour retrouver une identité et donc une efficacité politique.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.