Oui, l’éducation est un sujet qui touche à l’organisation de la cité comme à ce qu’il y a de plus intime… nos enfants. On est rarement objectif sur ses enfants… c’est dur de l’être à propos de la part de leur éducation que l’on délègue à l’Etat. C’est un sujet pour lequel on peut avoir un sentiment A sur le plan général et une pratique B sur le plan personnel. On peut juger la carte scolaire utile pour tous mais pas adaptée pour son enfant. Beaucoup de positions ont des buts cachés. On peut vouloir que son enfant fasse de l’allemand, plus pour la composition sociale de la classe d’allemand que par amour de Goethe. Et –en même temps- quand on inscrit ses enfants en latin pour des raisons pédagogiques, il est insupportable de se voir soupçonner d’avoir une obsession élitiste ! Toucher au programme, c’est toucher au pacte républicain, à ce qui nous lie. Mais ne pas toucher aux programmes, à la méthode scolaire, c’est se complaire dans la situation inégalitaire et inefficace dans laquelle se trouve l’éducation nationale. La réforme proposée par Najat Vallaud-Belkacem, provoque une opposition quasi unanime, particulièrement violente, et qui parait parfois démesurée. Il faut dire que l’éducation est un thème aisément « instrumentalisable ». Surtout contre un gouvernement déjà impopulaire. Et puis, il y a, depuis toujours, un débat quasi théologique qui oppose les traditionnels aux « pédagogistes ». Et la grille droite/gauche ne permet pas de comprendre ce débat. Par exemple Léon Blum voulait, contre Jean Zay, son ministre de l’éducation réformateur, le maintien des humanités et du classicisme, qui pouvait être un marchepied social pour des élèves méritants de toutes conditions. En revanche dans les années 70, la pédagogie de l’éveil a été beaucoup pratiquée de façon innovante dans des écoles privées catholiques. Aujourd’hui, les conservateurs de droite et de gauche (conservateurs n’est pas forcément un vilain mot) reprochent à la ministre de l’éducation d’avoir dit que les « collégiens s’ennuyaient à l’école ». « L’école n’est pas là pour divertir mais pour transmettre» s’insurgent les opposants à la réforme. Est-ce que tous ceux qui prônent le retour de la verticalité, de l’autorité sans partage du maitre, de la discipline, élèvent leurs enfants selon ces règles-là ? Est-ce que leurs enfants, ne parlent pas à table, n’ont le droit d’avoir, comme écran, qu’une chaine de télé en noir et blanc et lisent la comtesse de Ségur le soir dans leur lit ? Ceux qui débattent passionnément de l’éducation ont tendance à y projeter, non pas des enjeux pédagogiques, mais les névroses de la société : La fin de l’autorité, la monté des individualismes, la perte du sens civique ou du gout l’effort. Comme l’école est au début, on a tendance à la prendre pour la source. La source des problèmes ! Alors qu’elle en est plutôt que le réceptacle.

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