Le déconfinement, une opération vérité pour l’état de notre société… D’habitude, pour une décision politique classique, la traduction sur le terrain procède, de haut en bas, d’un mécanisme administratif plus ou moins bien huilé, mais lisible par tous. Là, non.

La  réussite du déconfinement dépend certes de l’Etat central (par exemple : "le rythme et les règles du déconfinement sont-ils les bons ?", ou "Il y aura-t-il enfin assez de tests ?"), des collectivités  locales ("est-ce que ce sera le chaos dans les transports ?") mais aussi des associations, des patrons, des syndicats, des commerçants… Des enseignants ("seront-ils là en nombre suffisant ?") et surtout de chacun  d’entre nous ! Depuis Paris, on peut quasiment fermer un pays, congeler la plus grande partie de son activité. 

L’attitude individuelle, dans ce cas-là, rendra la chose plus ou moins  vivable, efficace mais par décret et avec quelques méchants préfets  Lallement, il n’est pas si compliqué d’imposer le confinement.  Surtout dans un contexte sanitaire qui inquiète la population d’accord  (pour ceux qui le peuvent) pour s’enfermer, télétravailler, regarder des  séries ou faire du pain.

Retrouver la liberté, c’est une autre paire de manche

Oui,  paradoxalement… Et puis, ce n’est pas un retour à la situation d’avant. Nous retrouvons une liberté sous contraintes et précautions… Une liberté sans bistros ni embrassades, c’est dire !  

On tente un compromis délicat, un équilibre forcément scabreux entre  deux impératifs : réveiller la vie sociale et économique pour ne pas qu’elle s’éteigne dans son sommeil sans réactiver le virus qui lui s’était aussi un peu assoupi dans notre vie sous cloche. Donc nous sommes sur un fil.

Pour le confinement, l’Etat était  sur le fil. Là nous y sommes tous. Mais le funambulisme (vous n’avez  qu’à essayer) est une activité plutôt solitaire. Plusieurs sur un fil, c’est un exploit de discipline, d’attention à l’autre… Et  surtout de confiance. Sont-ce les qualités premières des Français en ce  moment ? Pas sûr. Depuis le début de la crise et de sa gestion politique  sévèrement jugée par l’opinion, bien des prétentions et des certitudes sont tombées : la supériorité de notre  système de santé, notre sens de l’organisation, de la logistique,  l’efficacité de nos rouages administratifs.

On s’interroge sur le  centralisme, on constate ce que beaucoup pressentaient : il faut passer du jacobinisme à un girondisme adapté à la complexité du  monde. 

Seulement, avec le déconfinement, ce n’est pas simplement la  forme de l’Etat qui est en jeu mais le rapport de chacun d’entre nous au  reste de la communauté nationale. 

Que fait  le gouvernement ? Qu’est-ce ‘qu’ILS’ font ? Ce fameux ‘ILS’  surplombant et impersonnel … Ce sujet pratique de toutes les  conversations plus ou moins politique ne sera pas de mise pour le  déconfinement. Là, ‘ILS’ ne sont plus les seuls responsables…  

C’est ‘NOUS’ le sujet ! L’opération est délicate pour notre santé,  notre prospérité et nos libertés. Délicate aussi pour le pouvoir, qui  sera (quoi qu’il arrive) jugé seul responsable si le déconfinement se  passe mal, et qui a peu de chance de se voir tresser  des lauriers s’il fonctionne !
 

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