Municipales. Avant l'heure limite de dépôt des listes pour le second tour, ce soir à 18H, un homme et un parti concentrent envies et attentions : François Bayrou et son Modem. Danse du ventre, verroteries, bimbelotteries... Ils sont prêts à tout lui proposer à François Bayrou avant que ne résonne ce soir le glas fatidique des accords de désistements ou de fusions de liste. Mais pourquoi ces yeux de Chimène, pour celui qui n'a pour seul bagage que son maigre pécule de 3,74% des voix au plan national ? Le fait est que la droite comme la gauche, hier, n'ont reculé devant rien pour s'attirer les grâces du sieur Palois. Dès le matin, le numéro 1 de l'UMP, Patrick Devedjian, y est allé cash en proposant tout simplement un troc à François Bayrou, "tu nous demandes de venir t'aider à Pau, tu fais des gestes ailleurs". François Fillon a enrobé la chose mais l'intention était la même, réclamer une bonne vieille alliance comme au bon vieux temps du RPR et de l'UDF. L'ex premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, a joué au Parrain réconciliateur version Coppola "il est de la famille" a-t-il rappelé. Tous frappés d'une brutale amnésie des noms d'oiseaux échangés depuis la création de l'UMP en 2002, des coups de force de François Bayrou allant jusqu'à voter la censure contre des gouvernements UMP, oublieux de la volonté présidentielle, celle de Chirac, puis de Sarkozy, de faire rendre gorge à cet histrion indépendant qui passe son temps à leur taper dessus. Pourquoi cette soudaine aménité ? Aujourd'hui, le calcul est simple. Dans 37 villes de plus de 30 000 habitants, le Modem peut faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre et vu la situation, l'UMP veut bien sauver la mise de François Bayrou à Pau contre des gestes ponctuels ici ou là, comme à Colombes pour secourir Rama Yade. Mais la manoeuvre ressemble un peu au baiser de l'araignée. Soit Bayrou accepte le troc pour survivre et c'en est fini de son autonomie et de sa crédibilité, soit-il le refuse, ce qu'il a fait globalement sans rechigner à des accords locaux, et il est plus que jamais, un homme seul et nu, incurablement dans l'opposition va pouvoir désormais marteler l'UMP. Si la gauche a également des vélléités de séduction vis-à-vis de François Bayrou, c'est aussi en vertu de calculs électoraux élémentaires. Comment gagner Marseille sans le Modem et ses électeurs? Mais c'est surtout parce que l'ouverture au centre reste au coeur du questionnement de la rénovation du parti socialiste. Or, cette question là n'a été tranchée, ni pendant la présidentielle, souvenez-vous de l'invite de Ségolène Royal entre les 2 tours, ni depuis. Du coup hier, on a eu droit à toute la palette des sensibilités du PS sur la question. De Ségolène Royal, toujours, réclamant "des accords partout avec le Modem" avant de se reprendre, au recadrage de François Hollande, préférant s'en tenir aux seuls électeurs du Modem, jusqu'à Bertrand Delanoë, qui, très mitterrandien, a préféré rassembler d'abord son camp, PS et des Verts, avant de s'ouvrir vers l'extérieur - ce qu'il a promis de faire avec le Modem - après le 16 mars. Enfin, avec ce qui restera du Modem au conseil de Paris... Retiré sur son olympe palois, qu'il aimerait bien d'ailleurs conquérir, François Bayrou peut regarder avec gourmandise voire goguenardise ses rivaux s'agiter autour de lui pendant quelques heures encore. Malgré la faiblesse de son score, il reste la mauvaise conscience de l'UMP, son remords, et un petit réservoir d'électeurs. Pour le PS, il incarne toujours l'interdit et le tabou. Bref, droite et gauche le font exister, quand lui, de scrutin en scrutin, devient si peu...

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