Omar Bongo, le Président du Gabon, a à faire avec la justice française. C’est peut-être une petite brèche dans la fameuse FrançAfrique. Deux des comptes en banque parisiens du président gabonais ont été saisis dans le cadre d'un différend commercial. C’est une première. Omar Bongo détient en France 33 propriétés pour une valeur supérieure à 150 millions d’euros. Petit rappel historique : Depuis 1967, le président gabonais (qui est loin d'être le pire dictateur africain mais qui est le plus malin des potentats éternellement réélu) est la figure emblématique de la FrançAfrique. La FrançAfrique c’est le nom que l’on donne à cette politique post-coloniale faite de relations troubles, de diplomatie parallèle, d’ententes commerciales douteuses, de mélange des genres entre affaires privés et publiques. La Françafrique a permis à beaucoup d’entreprises françaises de s'assurer des marchés sécurisés, d'avoir la main sur des ressources naturelles et a maintenu des dictateurs en place pour préserver des intérêts particuliers et fermé les yeux sur bien des pratiques que l’on ne tolèrerait pas chez nous. Tous les présidents depuis le Général de Gaulle ont encouragé cette basse politique. En 1981, François Mitterrand avait promis d’en finir avec la FrançAfrique ! Il n’en fit rien. Après avoir prononcé le magnifique discours de Mexico (plus connu sous le nom de discours de Cancun) vibrant plaidoyer tiers-mondiste, il se débarrasse de Jean-Pierre Cot, son secrétaire d’état à la coopération, qui avait cru (naïf ou idéaliste ou plus simplement honnête) qui avait cru aux belles paroles du Président socialiste. Il y a eu d'autres discours prometteurs mais, comme ses prédécesseurs, François Mitterrand recréa une cellule Afrique à l’Elysée. Jacques Chirac fit de même, lui au moins, avait eu la décence de ne rien promettre. Nicolas Sarkozy, lui, a prôné la modernité et la transparence dans un vibrant discours au Bénin en 2007. Bien que président du Conseil Général des Hauts-de-Seine et proche de Charles Pasqua, l’un des meilleurs amis d’Omar Bongo, Nicolas Sarkozy apparaissait comme un homme de l’après décolonisation. Ses discours sur le sujet étaient d’une clarté limpide emprunts de détermination. Peut-être y croyait-il lui-même. Toujours est-il qu’une fois élu, son premier voyage en Afrique fut pour rendre visite à Omar Bongo. Toujours est-il que Jean-Marie Bockel, le premier secrétaire d’Etat à la coopération, qui s'est simplement posé la question de la réforme de la FrançAfrique, a vite été remercié. Nicolas Sarkozy a découvert, en arrivant à l'Elysée, la profondeur des racines de la FrançAfrique. Quelques-uns de ses conseillers, qui avaient cultivé, eux, leurs réseaux, n'ont pas mis longtemps à lui démontrer le caractère inéluctable de ces méthodes. Mais aujourd'hui, des juges osent. L'hypothèse optimiste est que le président français a décidé d'en finir en laissant la FrançAfrique mourir d'elle même, en douceur, parce que les temps changent. L'opération est délicate et une rupture trop brutale avec les anciennes pratiques ouvrirait la voie aux influences chinoises et américaines. Les quelques journaux africains relativement indépendants s'amusent en ce moment de l'audace de la justice française. Visiblement, ils attendent de voir quand l'Elysée y mettra bon ordre. Ils rappellent qu' Omar Bongo (qui fut un financier occulte de beaucoup d’hommes politiques français) détient des dossiers, des documents compromettants. Les révélations sur les contrats de Bernard Kouchner au Gabon, par exemple, seraient-elles un avertissement ? Alors que l'on aborde une période de renégociation de la carte militaire française en Afrique, Omar Bongo lui même ne décolère pas contre les juges et la presse française. Il y a là, une courageuse opportunité de rupture que Nicolas Sarkozy peut encore saisir, simplement en laissant faire la justice. Sur ce sujet en tout cas, la presse française commence à faire son travail.

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