Un édito consacré ce matin à la réforme des retraites, mère de toutes les réformes !

Oui, c’est la réforme des réformes parce qu’elle nous permettra de savoir si la France (c’est à dire le gouvernement, les partenaires sociaux, l’opposition et aussi l’opinion), peut réformer efficacement et sans le trahir, l’un des piliers de notre « modèle » social… en écrivant « modèle », je me suis surpris à mettre des guillemets tant le modèle paraît fragile aujourd’hui… la droite, la gauche et les syndicats ont beaucoup à se faire pardonner sur la question des retraites. La droite, parce qu’en 10 ans, la réforme n’a pas été faite… on peut le dire comme ça puisque le financement n’est pas assuré. C’est d’ailleurs assez cruel pour le quinquennat de Nicolas Sarkozy parce que lorsqu’on pose la question de ce qu’il reste du passage de « réformator Sarkozy » -celui qui n’a jamais reculé disent ses zélateurs- généralement, on cite la réforme des retraites. Mais sur ce sujet, la gauche est encore plus coupable. Souvenez-vous la façon dont Martine Aubry et Marisol Touraine s’étaient faites claquer le beignet par leurs « amis » (je mets aussi des guillemets à « amis ») quand elles avaient, ne serait-ce qu’évoquer l’idée selon laquelle il pourrait être envisageable de travailler plus longtemps. Elles avaient dû revenir en arrière, affirmer qu’elles ne remettaient pas en cause la retraite à 60 ans, gravée dans le marbre du bilan mitterrandien. La gauche n’avait pas été très coopérative lors des réformes Fillon de 2003 ou Woerth-Fillon de 2010 alors que la droite ne remettait pas en cause l’idée de la retraite par répartition (ce qui n’a pas toujours été le cas). Aujourd’hui, Henri Emmanuelli, depuis l’aile gauche du PS, reconnaît que l’évolution de l’espérance de vie aura forcément un impact sur l’âge du départ en retraite. Et maintenant à gauche on se tâte pour savoir si ce sera 63, 64 ou 65 ans… et quand. Pourtant entre 2010 et 2013, on n’a pas découvert la pilule de jouvence qui aurait fait reculer à ce point l’âge moyen du décès des Français propre à faire changer d’avis Emmanuelli et une bonne partie du PS sur cette question !

La différence, c’est qu’aujourd’hui les socialistes sont au pouvoir...

Oui cela dit, François Hollande avait prévenu, pendant la campagne qu’il faudrait réformer les retraites et qu’il faudrait certainement travailler plus longtemps. Il l’a dit très clairement en octobre 2011 lors d’un débat dans le cadre des primaires… on pourrait donc considérer que nous n’avons pas été pris en traître par le candidat devenu Président …mais en réalité François Hollande, parallèlement, avait décidé de rétablir la retraite à 60 ans pour ceux qui avaient commencé à travailler tôt. C’était une mesure de justice, d’ailleurs d’effet très limité… et qui pouvait préfigurer un système bienvenu de différenciation des situations de chacun. Mais évidemment, la petite musique de la campagne de François Hollande et des futurs parlementaires socialistes en avril, mai, juin 2012 était chantée sur un air de violon qui laissait penser à un retour à la retraite à 60 ans… Il y avait là une forme d’ambiguïté facile à entretenir avec les notions confuses d’âge légal du départ en retraite et de durée de cotisations nécessaires. Alors maintenant fort de cette majorité, obtenue non sans quelques flous artistiques et malins, au moins sur ce sujet, le gouvernement se doit d’aller au bout de la réforme, de faire preuve d’imagination et de clarté…

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