Ce matin vous vous interrogez sur l’ambiance de défiance qui pourrit le débat public.

Oui, défiance et même méfiance ! Il y a, en ce moment, comme une House-of-cardisation de la perception de vie politique. House of card, la série américaine qui met en scène des politiques mus exclusivement par le cynisme. Tout ne serait que coups tordus et billard à 12 bandes ! Pour se défausser, pour éviter un débat embarrassant, mieux vaux disqualifier l’adversaire… il suffit de dénoncer un complot ! Hier par exemple, le FN, mis en cause pour fraude au parlement de Strasbourg. Bien sûr, il s’agit d’un coup du gouvernement qui a demandé aux instances européennes de le cibler. Claude Guéant, iniquité par la justice ? C’est n’est forcément pas un hasard… (à prononcer avec un ton de complicité soupçonneuse). Il y a cette théorie du complot, sur les attentats des 7 et 9 janvier qui rencontrent toujours un certain succès, grâce à des sites Internet d’extrême-droite, ou islamistes. Il y a les positions de Jean-Luc Mélenchon sur l’assassinat de Nemtsov, qui relaie aveuglément les désinformations Russes toujours enclines à dénoncer des complots occidentaux. Et c’est là que le piège se referme. La « presse fait partie du complot, elle est aux ordres »…

Comme s’il n’y avait plus de différences de liberté de la presse dans le monde !

Oui ! Normalement c’est assez simple : la presse des pays libres, là où il n’y a pas de journaliste en prison, là où le pouvoir est critiqué : là, la vérité a plus de chance d’éclore. On ne devrait pas avoir peur ou honte d’affirmer que la presse européenne est plus libre, donc plus crédible que la presse russe. De plus en plus de politiques mettent sur le même plan toutes les presses du monde. Ils portent une grave responsabilité dans ce relativisme qui sape la confiance. Et cette méfiance généralisée permet de soupçonner tout le monde de manipulation ou simplement d’arrière-pensées. Dans toute action ou parole politique il y a aussi de la tactique. Mais nos reflexes sont systématiquement de mettre la tactiques en avant. Manuel Valls dit sa peur du FN… On dira qu’il veut dramatiser l’enjeu, qu’il instrumentalise le FN. FNPS, UMPS… ceux qui abusent de ces accouplements d’acronymes rependent l’idée que tous, sauf eux, ont un agenda caché ou s’entendent pour nous manipuler. Manuel Valls fait pareil quand il accuse les frondeurs, non pas d’avoir un avis différent sur la loi Macron, mais d’abord de vouloir préparer le prochain Congrès du PS. Il s’agit-là d’une tournure d’esprit qui accrédite l’idée que la vie politique n’est qu’un théâtre d’ombre, peuplés d’ambitieux, peu soucieux du bien commun. Et là, j’entends derrière le poste, une foule d’auditeur dire « ben oui ! ». Mais non, en fait. Il y a de la tactique, de l’ambition et il y a aussi des vraies convictions et une envie d’agir. Les journalistes politiques (nous !) sommes coresponsables de la « house-of-cardisation » ambiante. Nous dépolitisons tout en analysant principalement, par reflexe, paresse ou inculture, l’aspect stratégique et tactique de la vie politique. Et bien sûr le premier bénéficiaire, de cet état du débat, est aussi, celui qui donne de la politique, la lecture la plus complotiste et paranoïaque : le FN.

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